Les nouvelles lignes de forces gouvernementales
  • mar, 06/01/2015 - 04:20

Les surdoués passent la main à du gros gabarit.

Matata I comprenait 34 membres du Gouvernement, Matata II en compte quarante-sept. Soit treize membres de plus. Si la première équipe gouvernementale était essentiellement formée de technocrates, de personnalités en général peu connues du public et à l’échelle nationale, il en est différemment de l’équipe annoncée le 7 décembre 2014.

LES SURDOUES FONT PLACE A DU GROS CALIBRE.
Les surdoués de l’époque ont fait place à du gros calibre.
A quelques exceptions près, les nouveaux membres du Gouvernement sont des chefs des partis politiques (Evariste Boshab Mabudj, secrétaire général du principal parti présidentiel PPRD, Olivier Kamitatu Etsu Cléophas, président de son parti ARC, Thomas Luhaka Lusendjola, secrétaire général du MLC, Willy Makiashi, secrétaire permanent du PALU) ou des personnalités clés (Alexis Thambwe Mwamba, Michel Bongongo, Simon Banamuhere, etc.).
Outre que tous les membres du Bureau Politique de la Majorité présidentielle appartenant à Matata I, ont tous été reconduits (Raymond Tshibanda Ntunga Mulongo, Tryphon Kin-kiey Mulumba, Lambert Mende Omalanga, Modeste Bahati Lukwebo, Baudouin Banza Mukalayi Nsungu, Félix Kabange Numbi, chacun d’eux étant à la tête de son parti, membre de la Majorité Présidentielle).
Il faut également noter que nombre de membres de l’équipe gouvernementale actuelle viennent de l’Assemblée nationale. Tel est le cas de Bienvenu Lihota Ndjoli, Christian Kambinga, Jeannot Matadi Nenga Gamanda, Elvis Mutiri Wa Bashara, Théophile Mbemba Fundu, Omer Egwake, Eugène Serufuli, Daniel Madimba Kalonji. Ou sont des parlementaires de la législature passée. C’est le cas de Sama Lukonde Kienge.
Lors d’une rencontre à la ferme de Kingakati, le président de la République avait souhaité former autour de lui une équipe de combattants - face au combat à mener - ça y est, le Chef de l’Etat les a, nulle doute...
On ne sera pas tout à fait complet, si on ne faisait état de la part des provinces.
Aucun doute, Matata II a monté en première ligne deux provinces qui sont des fiefs du Président de la république: le Katanga et le Bandundu. Sauf erreur de calcul, chacune de ces provinces s’arroge entre huit et neuf postes ministériels et, une fois, n’est pas coutume, le ministre le plus haut placé de la province cuprifère est en charge de la Défense nationale, Anciens combattants et Réinsertion, Aimé Ngoy Mukena qui n’est ni Vice-Premier ministre, ni ministre d’Etat. Qui donc accusera Kabila d’être...

POIDS POLITIQUE, POSTE MINISTERIEL.
Dans l’ordre de préséance, Aimé Ngoy Mukena ne vient qu’à la septième position...quand le Kasaï Oriental, suivi du Maniema et du Bandundu raflent la mise avec respectivement Evariste Boshab Mabudj (Intérieur et sécurité), Thomas Luhaka Lusendjola (Postes, Télécommunications et NTIC) et Willy Makiashi (Emploi, Travail et Prévoyance sociale).
Le Président de la République a, du coup, réglé la question du débat lancinant dans le microcosme politique sur le rapport entre poids politique et fonction ministérielle.
Le poids politique est l’argument le plus généralement avancé par les présidents des partis politiques et cela ne manque pas d’intérêt. Lorsque le cabinet Matata I est annoncé le 28 avril 2012, le premier ministre a certainement pesé de tout son poids pour constituer un cabinet resserré, formé essentiellement de techniciens. Deux ans plus tard, la politique a repris ses droits avec la tenue des Concertations nationales. Du coup, en dépit des résultats réels (un taux de croissance de 9% certifié par le Fonds Monétaire International sans programme avec le FMI, une monnaie des plus stables), les surdoués ont pris eau de toutes parts, incapables de faire face aux assauts répétés des politiques.
Le casting n’avait certainement pas été des plus parfaits. Ce qui conforte cette sagesse populaire: «Si tu t’occupes pas de politique, la politique s’occupe de toi». Cela dit, que signifie exactement cette notion? Est-ce amener celui qui exerce le pouvoir discrétionnaire de répondre à l’équation suivante: «J’ai aligné ça, je mérite ceci et réclame ça!»? Si oui, la politique serait de la simple mathématique, une science exacte... Ce qu’elle n’est pas et ne sera jamais. «J’ai aligné ça, je mérite ceci et réclame ça!». C’est croire que nous sommes chez le chaland, la spéculation en plus!
La politique, au fond, est quelque chose de très élevé, de très sophistiqué! Tout est à l’appréciation et à la discrétion de l’homme qui a le pouvoir et qui distribue celui-ci, donnant à celui qu’il veut unenpetite parcelle, refusant à celui-là...

PREVOIR,
CALCULER, ANTICIPER.

La politique a ses maîtres, qui savent prévoir, calculer, anticiper. Lorsque, lors de son second septennat, François Mitterrand désigne en juin 1988 son pire ennemi interne Premier ministre avant de dissoudre l’Assemblée nationale, c’est certainement parce que Michel Rocard représente un poids politique réel au sein du PS mais c’est aussi et surtout parce que Mitterrand cherche à l’affaiblir et à l’éliminer et... y parviendra. Lorsque Mobutu rappelle aux affaires Jean Nguz a Karl-i-Bond après son exil européen, celui-ci représente pour l’étranger du poids lourd après la crise du campus universitaire de Lubumbashi et le Léopard éprouve le besoin d’approcher ce fauve en vue de calmer la vague qui monte et gérer son image externe gravement écornée.
En fait, on oublie souvent qu’en politique, aucun droit n’est éternel.
Que font des membres de famille pour faire exister, développer et pérenniser le projet commun? Sans remettre en cause l’échec d’organisation de nos Législatives de 2011, sans exclure des correctifs au lendemain de l’annonce de Matata II, ce qui importe, c’est moins les lauriers d’hier que les enjeux de demain. Pour le Chef de l’Etat, la question qui se pose aujourd’hui est celle de savoir comment le pays passera le cap de la cohésion nationale - celle de 2016 - et avec qui?
D. DADEI.


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