Il trace ses lignes rouges
  • mer, 04/02/2026 - 09:41

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1657 | MERCREDI 4 FÉVRIER 2026.

Samedi 31 janvier, à la cérémonie d'échange des vœux avec le corps diplomatique qui s'est tenue au Palais de la Nation à Kinshasa, le président de la République a «réaffirmé» (son) «ouverture à un dialogue entre Congolais» mais a tracé des lignes rouges. « Si ce dialogue devait se tenir, il se déroulerait sur le sol national, et serait conduit et organisé par les institutions de la République, dans le respect de la Constitution, des lois de la République et des règles démocratiques qui fondent notre pacte national», a-t-il déclaré avant de poursuivre : « Je le dis avec la même clarté : ce dialogue intérieur, aussi nécessaire soit-il, ne saurait tenir lieu de substitut aux obligations internationales. Il ne peut pas être invoqué pour relativiser une agression, ni pour diluer des responsabilités établies (...). La justice suivra son cours normal, avec rigueur, jusqu’au bout, et sans complaisance afin d’honorer la mémoire de celles et ceux injustement tombés du fait de l’agression ». Sur la guerre que mène le Rwanda contre le Congo, il a insisté sur une vérité : «La paix ne se négocie pas au prix du mensonge, et ne se construit pas sur l’impunité», soulignant « un développement majeur intervenu récemment (qui) vient nous conforter dans cette position », à savoir : « une déclaration officielle faite ces derniers jours devant le Congrès des États-Unis d’Amérique (quand) une haute représentante de la République du Rwanda a reconnu l’existence d’une coordination sécuritaire avec les rebelles de l’AFC/M23. Un aveu (qui) constitue un tournant majeur : il réduit l’espace du déni, clarifie les responsabilités et oblige chacun à passer des exhortations aux mécanismes d’exécution - ceux du droit international, ceux des résolutions du Conseil de sécurité, et ceux des engagements politiques librement souscrits. Mais permettez-moi d’être parfaitement clair sur ce point : aucune cause, aucun récit, aucune justification sécuritaire ne peut légitimer l’occupation de fait, les administrations parallèles, les déplacements forcés, ni la prédation des ressources, au détriment d’un État membre des Nations Unies».
Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a aussi évoqué « nos ressources stratégiques. Les minerais indispensables à la transition énergétique mondiale (qui) doivent être un facteur de transformation, d’industrialisation et de stabilité - et non une source de conflits ou de prédation. Notre ambition est claire : rompre avec les logiques d’extraction brute, promouvoir la transformation locale, garantir la traçabilité, développer des chaînes de valeur régionales et bâtir des partenariats équilibrés, fondés sur le respect mutuel et le partage équitable des bénéfices».
En intégralité ci-après :

À l’entame de mon propos, qu’il me soit permis de vous souhaiter la bienvenue au Palais de la Nation pour la traditionnelle cérémonie de présentation des vœux de Nouvel An aux Membres du Corps Diplomatique et aux Représentants des Organisations Internationales accrédités en République Démocratique du Congo.

Je remercie très sincèrement Son Excellence Monsieur Rachid Agassim, Ambassadeur du Royaume du Maroc et Doyen du Corps diplomatique, pour les paroles empreintes de respect et d’amitié qu’il a bien voulu prononcer en votre nom, à mon endroit, ainsi qu’à l’égard du Gouvernement et du peuple congolais.

En retour, j’adresse à mes homologues, vos différents Chefs d’États et Chefs de gouvernement, à vous-mêmes, à vos familles, ainsi qu’aux Dirigeants des Organisations que vous représentez, mes vœux les plus sincères pour la nouvelle année. Je forme le vœu que 2026 soit, pour chacun de vos pays et pour vos peuples, une année de paix, de prospérité, et de confiance renouvelée dans la force du droit et des institutions.

Je tiens également à vous remercier pour votre présence constante à nos côtés, dans ce que notre pays traverse de plus exigeant : la quête obstinée de stabilité, de consolidation de l’État, et de défense de notre souveraineté. Par votre action quotidienne, vos échanges, vos missions de coopération et vos interventions humanitaires, vous contribuez à maintenir, malgré les tempêtes, ces ponts indispensables entre la République Démocratique du Congo et la communauté des nations.

Je voudrais, enfin, profiter de cette occasion pour souhaiter la bienvenue et réitérer mes félicitations à la nouvelle Représentante Spéciale de l’Union Africaine en République Démocratique du Congo et aux nouveaux Ambassadeurs de la République du Ghana, de la République du Liban et de l’État du Qatar accrédités auprès de la République Démocratique du Congo. Votre présence parmi nous marque une nouvelle étape dans nos relations bilatérales et dans notre coopération au sein des enceintes multilatérales. Je suis convaincu que votre mission contribuera à renforcer davantage les liens d’amitié, de respect mutuel et de collaboration entre nos pays et nos peuples.

Monsieur le Doyen du Corps Diplomatique, Excellences, Mesdames et Messieurs,

L’année 2025 aura été, pour notre Nation, une année de contrastes.
D’un côté, dans la continuité des orientations majeures que j’ai fixées pour notre pays, et malgré un contexte national et régional exigeant qui a mis à l’épreuve notre capacité collective de résilience et d’action, nous avons poursuivi, avec détermination, le chantier de la transformation à travers notamment : la modernisation de l’action publique, l’amélioration progressive des services sociaux, la mise en œuvre de grands programmes de développement, et la volonté de rendre notre économie plus lisible, plus rigoureuse et plus attractive.

De l’autre, mon pays a continué de payer un tribut insoutenable à l’insécurité entretenue dans l’Est de notre territoire. Là-bas, des villes et des villages ont été ballottés au rythme des offensives, des retraits et des représailles des groupes armés soutenus par des forces étrangères.

Des familles ont fui, encore et encore, emportant dans un sac le peu qu’elles pouvaient sauver, laissant derrière elles le fruit de leur labeur, les champs, les écoles, les repères, leurs racines, parfois les tombes. Cette crise demeure, aujourd’hui encore, l’une des plus lourdes au monde en matière de déplacements, avec des millions de personnes déracinées de leur espace d’origine.

Je salue la résilience des populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et je rends hommage à nos Forces armées et à nos services de sécurité, engagés dans une lutte difficile, souvent asymétrique, contre des groupes armés multiples, opportunistes, enracinés dans l’économie de prédation.

Face à cette épreuve, le Gouvernement de la République reste pleinement mobilisé pour poursuivre la pacification du pays, restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national et assurer la protection des populations civiles.

Excellences, Mesdames et Messieurs,
La République Démocratique du Congo, fidèle à ses valeurs de transparence et de responsabilité, a toujours tenu le même langage : la paix ne se négocie pas au prix du mensonge, et ne se construit pas sur l’impunité. Et aujourd’hui, un développement majeur intervenu récemment, vient nous conforter dans cette position. Il mérite d’être considéré avec le plus grand sérieux, car il engage la responsabilité de la communauté internationale et appelle, désormais, des conséquences pratiques.

Depuis des années, nous dénonçons - preuves à l’appui - le soutien extérieur dont bénéficie la violence armée sur notre sol. Et voici que, dans une déclaration officielle faite ces derniers jours devant le Congrès des États-Unis d’Amérique, une haute représentante de la République du Rwanda a reconnu l’existence d’une coordination sécuritaire avec les rebelles de l’AFC/M23.

Cette reconnaissance n’est pas un détail de communication, encore moins une stratégie politique. Elle éclaire, d’une lumière crue, ce que de nombreux rapports et de multiples partenaires relevaient depuis longtemps : l’existence d’un appui déterminant à un mouvement armé insurrectionnel opérant sur le territoire souverain de la République Démocratique du Congo.

Cet aveu constitue un tournant majeur : il réduit l’espace du déni, clarifie les responsabilités et oblige chacun à passer des exhortations aux mécanismes d’exécution - ceux du droit international, ceux des résolutions du Conseil de sécurité, et ceux des engagements politiques librement souscrits.

Mais permettez-moi d’être parfaitement clair sur ce point : aucune cause, aucun récit, aucune justification sécuritaire ne peut légitimer l’occupation de fait, les administrations parallèles, les déplacements forcés, ni la prédation des ressources, au détriment d’un État membre des Nations Unies.

Excellences, Mesdames et Messieurs,
Je souhaite attirer votre attention sur la situation humanitaire particulièrement préoccupante dans l’Est de la République Démocratique du Congo, notamment dans la ville d’Uvira et dans les localités situées tout au long de la plaine de la Ruzizi. Dans ces zones, des milliers de familles déplacées à l’intérieur du pays vivent aujourd’hui dans une précarité extrême, confrontées à des besoins urgents en matière d’assistance humanitaire.

À cette détresse interne s’ajoute celle de nos compatriotes ayant cherché refuge au-delà de nos frontières, en particulier au Burundi, où ils continuent de faire face à d’importantes difficultés et à une vulnérabilité persistante.
Face à cette réalité, le Gouvernement de la République entend renforcer la coordination avec les partenaires humanitaires, régionaux et internationaux, afin d’assurer protection, dignité et solutions durables aux populations affectées, et de créer les conditions d’un retour durable à la paix et à la stabilité.

Mais il serait illusoire de traiter l’urgence humanitaire sans regarder, avec lucidité, la cause première de cette souffrance : l’instabilité entretenue et la violence récurrente. Les populations de l’Est, déjà éprouvées par des décennies d’épreuves, ne peuvent plus être condamnées à ce cycle tragique où chaque avancée diplomatique se trouve aussitôt neutralisée par des replis tactiques, des provocations nouvelles ou des offensives déguisées. Les développements récents sur le terrain, y compris autour d’Uvira, rappellent à quel point la situation demeure fragile et combien la mise en œuvre des engagements pris doit être rigoureuse, suivie et vérifiable.

Dans ce contexte, l’unité nationale s’impose plus que jamais comme une exigence fondamentale. C’est pourquoi nous réaffirmons notre ouverture à un dialogue entre Congolais : un dialogue apaisé, inclusif, résolument républicain, destiné à consolider la cohésion nationale, sans jamais remettre en cause les institutions issues du suffrage universel.

Je tiens, à cet égard, à exprimer notre gratitude à Son Excellence João Manuel Gonçalves Lourenço pour ses bons offices, son sens de l’équilibre et son engagement constant en faveur de la paix dans notre région. Si ce dialogue devait se tenir, il se déroulerait sur le sol national, et serait conduit et organisé par les institutions de la République, dans le respect de la Constitution, des lois de la République et des règles démocratiques qui fondent notre pacte national.
Cependant, je le dis avec la même clarté : ce dialogue intérieur, aussi nécessaire soit-il, ne saurait tenir lieu de substitut aux obligations internationales. Il ne peut pas être invoqué pour relativiser une agression, ni pour diluer des responsabilités établies.

Comme je l’ai dit lors de mon dernier discours sur l’état de la Nation devant le Parlement réuni en congrès, la justice suivra son cours normal, avec rigueur, jusqu’au bout, et sans complaisance afin d’honorer la mémoire de celles et ceux injustement tombés du fait de l’agression.

Notre main demeure, malgré tout, tendue pour une paix véritable. Mais une paix véritable suppose des actes vérifiables :
◗ l’arrêt immédiat de tout soutien aux groupes armés ;
◗ le retrait des forces étrangères du territoire souverain de la République Démocratique du Congo et la fin des « zones grises » ;
◗ le respect strict des mécanismes régionaux et internationaux ;
◗ et la restauration effective de l’autorité de l’État congolais sur l’ensemble du territoire national.

C’est dans cet esprit de responsabilité et d’ouverture que nous avons pris part, ces derniers mois, aux efforts diplomatiques conduits sous facilitation internationale. Nous avons soutenu, et nous continuerons de soutenir, toute initiative crédible visant à faire taire les armes et à remettre la région des Grands Lacs sur le chemin de la confiance.
L’année écoulée a, à cet égard, marqué un tournant.

D’importantes démarches ont été engagées pour prévenir l’embrasement régional et réaffirmer le primat du droit. L’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2773 a constitué une étape majeure : pour la première fois, les responsabilités dans la crise à l’Est de la République Démocratique du Congo ont été établies de manière explicite, dissipant toute ambiguïté sur la nature de cette agression et sur les obligations qui en découlent.

Cette clarification a été consolidée par la résolution 2808, adoptée le 19 décembre 2025, renouvelant jusqu’au 20 décembre 2026 le mandat de la MONUSCO en réponse à la dégradation persistante de la situation sécuritaire, notamment marquée par la résurgence du M23.

Ce mandat réaffirmé met un accent prioritaire sur la protection des civils en danger immédiat, le soutien aux processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) des membres des groupes armés, l’assistance à la réforme du secteur de la sécurité (SSR) et l’appui aux institutions congolaises, ainsi que le soutien à l’instauration et à la consolidation d’un cessez-le-feu permanent, y compris à travers l’accompagnement des mécanismes de suivi issus des processus politiques.

Nous saluons, à cet égard, l’engagement de la communauté internationale à accompagner la République Démocratique du Congo dans la protection des civils et la stabilisation des zones affectées.
Ainsi, la résolution 2773 a posé les bases d’un cadre politique et juridique clair, fondé sur la vérité des faits, la responsabilité des acteurs et la protection des populations, cadre qui a été par la suite consolidé et prolongé par la résolution 2808. C’est dans ce contexte de clarification et de mobilisation internationales renforcées que s’inscrit la dynamique diplomatique ayant conduit à la signature de l’Accord de Washington du 27 juin 2025.

Je veux saluer, à cet égard, l’implication directe du Président Donald J. Trump, dont l’engagement a permis de créer les conditions politiques nécessaires à l’ouverture, puis à l’aboutissement de ce processus, dans le respect du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité.

Dans le même esprit, l’action diplomatique conduite dans le cadre du processus de Doha, sous l’impulsion de Son Altesse l’Émir de l’État du Qatar, Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani, a joué un rôle déterminant dans la facilitation du dialogue et la consolidation des efforts de paix. Par un engagement constant, discret mais résolu, l’État du Qatar a contribué à maintenir des efforts soutenus et continus en vue de la recherche de solutions durables.

Ces efforts trouvent aujourd’hui un prolongement naturel dans le cadre africain, à travers la réunion de haut niveau sur la cohérence et la consolidation du processus de paix en République Démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs, organisée à Lomé le 17 janvier dernier, sous la facilitation de Son Excellence le Président Faure Essozimna Gnassingbé. Cette dynamique africaine constitue un levier politique destiné à accompagner, harmoniser et consolider les deux processus en cours, sans s’y substituer, afin d’en garantir la crédibilité, la cohérence et l’impact sur le terrain.

La République Démocratique du Congo demeure convaincue que seule une articulation cohérente et complémentaire entre les initiatives internationales et les mécanismes africains permettra d’aboutir à une stabilisation durable de la région des Grands Lacs. C’est avec cet esprit de continuité, de coopération sincère et de lucidité que notre pays poursuivra son action, afin que les avancées diplomatiques se traduisent en résultats concrets pour la sécurité, la stabilité et la protection de nos populations.

Excellences, Mesdames et Messieurs,
Cette exigence de paix et de stabilité demeure, de manière constante, au cœur de notre action diplomatique. À ce titre, l’exercice par notre pays de la présidence de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) s’inscrit dans une volonté affirmée de promouvoir le dialogue régional, la confiance mutuelle et des solutions concertées aux défis sécuritaires et politiques de notre espace commun.

Dans le même élan, nous intensifions notre action, au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine ainsi qu’au Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies, pour prévenir les conflits et maîtriser les crises. Nous y défendons une approche africaine fondée sur la concertation, le dialogue et la responsabilité collective, et nous réaffirmons que la dignité humaine, comme le respect des droits fondamentaux, doit demeurer la boussole de l’action internationale.

Notre présence au Conseil de sécurité des Nations Unies s’inscrit dans cette même trajectoire. Elle dépasse le cadre d’une ambition nationale : elle traduit les aspirations légitimes de l’Afrique à jouer un rôle central dans la gouvernance mondiale.

À ce titre, nous plaidons avec détermination en faveur d’une réforme du Conseil de sécurité, afin que l’Afrique dispose d’une représentation forte, équitable et crédible dans les décisions qui façonnent l’avenir du monde.

Enfin, l’année écoulée et le début de l’année en cours s’inscrivent dans une dynamique continue de renforcement de nos liens d’amitié et de coopération avec de nombreuses nations. La consolidation des relations fraternelles avec l’État d’Israël, illustrée par la visite à Kinshasa de Son Excellence Monsieur Isaac Herzog, Président de l’État d’Israël, témoigne de notre volonté d’approfondir des partenariats fondés sur la confiance et le respect mutuel.

Cette dynamique s’est également traduite par les visites officielles que j’ai effectuées en Serbie et au Kazakhstan, ainsi que par la visite en République Démocratique du Congo de Son Altesse l’Émir de l’État du Qatar, Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani, dont l’engagement personnel en faveur de la paix et de la coopération a marqué une étape importante dans le rapprochement entre nos deux pays.

Elle s’est, par ailleurs, renforcée par la visite de Son Excellence Monsieur Évariste Ndayishimiye, Président de la République du Burundi, illustrant la volonté partagée de consolider le dialogue politique, la coopération sécuritaire et l’intégration régionale dans l’espace des Grands Lacs.

Dans ce même élan, la mission conjointe de cinq ministres congolais en Amérique latine, au mois d’août dernier, a permis d’approfondir nos relations avec l’Uruguay, l’Argentine et le Brésil, aboutissant à la signature de plusieurs accords structurants et à un rapprochement significatif entre des continents unis par de nombreuses similitudes et des ambitions convergentes.

Cette dynamique ne relève pas d’un simple bilan annuel : elle s’inscrit dans une trajectoire politique pensée, assumée et appelée à se poursuivre et à se renforcer en 2026, avec la même cohérence, la même détermination et la même ambition, au service des intérêts de la République Démocratique du Congo et de ses partenaires.

Excellences, Mesdames et Messieurs,
Dans un monde traversé par l’incertitude et une recomposition accélérée des équilibres, le multilatéralisme est mis à l’épreuve, et la tentation du fait accompli progresse. Les crises - au Soudan, en Ukraine, au Moyen-Orient, et ailleurs - nous rappellent pourtant une vérité simple : l’indifférence n’est jamais une option. La souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale des États ne sont pas des principes à géométrie variable ; elles constituent le socle d’un ordre international juste, et la condition même d’une paix durable.

C’est au nom de ces principes que la République Démocratique du Congo aborde les enjeux de paix et de stabilité dans son environnement régional immédiat.

Dans la région des Grands Lacs, la stabilité ne saurait être réduite à une lecture strictement sécuritaire : elle exige une coopération sincère entre États, une lutte résolue contre les groupes armés, et une approche globale intégrant les dimensions politiques, économiques, humanitaires et de justice.

Ainsi, l’intégration régionale est un levier majeur de stabilisation et de prospérité partagée. Mais elle ne peut se limiter à des cadres institutionnels : elle doit produire des résultats concrets, des infrastructures interconnectées, et des bénéfices tangibles pour les populations.

Pour la République Démocratique du Congo, cette intégration s’inscrit dans une vision de développement fondée sur la complémentarité des économies, la valorisation responsable des ressources et la création d’opportunités durables.
C’est ici qu’interviennent nos ressources stratégiques.

Les minerais indispensables à la transition énergétique mondiale doivent être, pour nous, un facteur de transformation, d’industrialisation et de stabilité - et non une source de conflits ou de prédation. Notre ambition est claire : rompre avec les logiques d’extraction brute, promouvoir la transformation locale, garantir la traçabilité, développer des chaînes de valeur régionales et bâtir des partenariats équilibrés, fondés sur le respect mutuel et le partage équitable des bénéfices.

Le Corridor de Lobito illustre cette intégration moderne tournée vers l’avenir : en reliant zones de production, infrastructures de transport, énergie et capacités de transformation, il renforce la coopération entre États, sécurise les chaînes d’approvisionnement, favorise l’industrialisation régionale et crée des opportunités économiques durables au bénéfice des populations.

Dans cette logique, la République Démocratique du Congo entend inscrire la gestion de ses ressources dans un environnement d’investissement fondé sur la confiance, la prévisibilité et l’équité. Les dispositifs fiscaux et parafiscaux applicables aux investisseurs s’inscrivent dans notre législation nationale - notamment le Code des investissements, les mécanismes des zones économiques spéciales et bien d’autres textes légaux - conçus pour accompagner le développement dans un esprit d’ouverture et de partenariat.

C’est aussi la logique qui préside à la reprise des exportations de cobalt et à la mise en œuvre progressive de la politique des quotas : une régulation fondée sur des critères clairs et objectifs, destinée à assurer un fonctionnement équilibré et durable du marché, en conciliant les intérêts de l’État, des opérateurs et des partenaires, dans un esprit de responsabilité partagée, de dialogue constant et de stabilité à long terme.

Parallèlement, nous consolidons le Couloir vert Kivu -Kinshasa, lancé en 2025. Ce projet structurant vise à convertir des zones affectées par les conflits en pôles de croissance, de cohésion sociale et de préservation environnementale. Il apporte une réponse globale - économique, sociale et sécuritaire - en créant des emplois durables dans l’agriculture responsable, la restauration des écosystèmes et l’écotourisme, tout en offrant une alternative crédible à l’économie de guerre. Les partenariats engagés, notamment avec l’Union européenne et des acteurs industriels, traduisent notre volonté de faire de la transition écologique un levier de stabilité et de paix.

Enfin, notre vision de long terme trouve une expression majeure dans le projet Grand Inga. Plus qu’un projet national, c’est une ambition continentale : une réponse structurante aux défis énergétiques, industriels et climatiques de l’Afrique.
Par son potentiel hydroélectrique unique, Grand Inga peut fournir une énergie propre, abondante et compétitive, indispensable à l’industrialisation, à la transformation locale des ressources et à la création d’emplois à grande échelle. La République Démocratique du Congo demeure ouverte à des partenariats responsables, transparents et mutuellement bénéfiques, pour faire de cette ambition une réalité, dans le respect de notre souveraineté et de nos intérêts stratégiques.

Monsieur le Doyen du Corps Diplomatique, Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Au seuil de cette année 2026, la République Démocratique du Congo réaffirme sa détermination à œuvrer, avec l’ensemble de ses partenaires, à la construction d’un ordre international fondé sur la paix, le respect du droit, la solidarité et la prospérité partagée.

L’année 2026 doit être celle d’un saut qualitatif - à la fois dans la sécurité et dans la transformation structurelle du pays - autour de quatre priorités, à savoir :

◗ Sécuriser durablement l’Est et restaurer l’autorité de l’État;
◗ Accélérer la gouvernance et l’efficacité publique ;
◗ Transformer l’économie pour produire, industrialiser et créer de l’emploi ;
◗ Consolider l’unité nationale et la cohésion sociale.

Et, parce que la paix ne se décrète pas, la République Démocratique du Congo attend de la communauté internationale non pas des émotions, mais une cohérence d’action : dire la vérité et agir en conséquence lorsque les faits sont établis et que des responsabilités sont reconnues ; renforcer l’appui humanitaire, la protection des déplacés et la prise en charge des victimes, car chacun sait que, dans l’Est de mon pays, les besoins dépassent encore largement les moyens disponibles.

Je compte, enfin, sur chacune et chacun d’entre vous, pour relayer auprès de vos capitales et de vos institutions le message d’une République démocratique du Congo en mouvement : un pays résolument tourné vers l’avenir, animé par une énergie nouvelle, ouvert aux partenariats et résolument engagé à construire un avenir de paix et de prospérité.

Je terminerai en vous adressant, une fois encore, mes vœux les plus chaleureux pour l’année 2026 : qu’elle soit, pour vous et pour vos peuples, une année de réussite, de sérénité et d’espérance. Qu’elle consolide notre amitié et donne un élan nouveau à notre coopération, dans l’intérêt de nos nations et de notre planète.
Je vous remercie.


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