- lun, 06/07/2026 - 11:03
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1668 | LUNDI 6 JUILLET 2026.
Dans un rapport transmis au Conseil de sécurité des Nations Unies, les membres du Groupe d’experts des Nations unies sur le Congo citent nommément les rebelles Sultani Makenga et Bernard Maheshe Byamungu outre le général rwandais James Kabarebe comme les trois personnes qui ont joué un rôle clé dans la prise par les rebelles AFC/M23 d'Uvira, une ville stratégique qui ouvre les portes du Grand Katanga, qui fut l'un des objectifs des rebelles.
« L’offensive sur Uvira (ville stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais, verrou sécuritaire et point clé, susceptible de faciliter une avancée vers l’espace Grand Katanga, ndlr), a été menée sous le commandement direct de MM. Makenga (Sultani Makenga, ndlr) et Byamungu (Bernard Maheshe Byamungu, ndlr).
Il a été établi que James Kabarebe, général à la retraite des RDF, avait joué un rôle clé dans la coordination de l’offensive. Des sources de l’AFC/M23 et des RDF ont fait part, dès le début d’octobre, de leur intention de prendre Uvira, ce qui donne à penser que l’opération avait été soigneusement planifiée par l’AFC/M23 et le Rwanda », précise le rapport.
PLUS DE 8.000 SOLDATS RWANDAIS DÉPLOYÉS.
Pour les experts des Nations Unies, « le Rwanda avait déployé plus de 8.000 soldats des RDF, y compris des membres des forces spéciales, et acheminé du matériel militaire lourd et de pointe vers les lignes de front de la plaine de la Ruzizi, notamment des systèmes de brouillage, des lance-roquettes multiples de type BM-21, des mortiers de 120 mm guidés par GPS, ainsi que des drones kamikazes et des drones à pilotage immersif, dans l’objectif de remporter une victoire rapide.
Des tirs d’artillerie lourde et des bombardements ont été signalés, notamment des tirs de roquettes BM-21 depuis Kamanyola les 4 et 5 décembre. Les tirs d’artillerie transfrontaliers du 5 décembre ont également fait des victimes parmi la population civile de Cibitoke, au Burundi».
Quant au retrait d’Uvira, le rapport rappelle qu’après avoir contrôlé la ville pendant plus d’un mois, période durant laquelle l’AFC/M23 a contraint la Force de défense nationale du Burundi de se retirer, l'AFC/M23 s’est emparée d’importantes bases des FARDC, a pris le contrôle de l’ensemble de la plaine de la Ruzizi le long de la frontière burundaise et a mis en place une administration parallèle, les troupes de l’AFC/M23 et des RDF se sont finalement retirées de la ville le 18 janvier 2026, à la suite de pressions diplomatiques exercées par les États-Unis sur Kigali, le parrain de la rébellion de l’AFC/M23 et accusé d’avoir violé l’Accord de Washington.
«Présenté comme un geste de bonne volonté, ce retrait constituait en réalité une manœuvre stratégique qui a été suivie d’un renforcement des positions de l’AFC/M23 et des RDF.
Leurs forces se sont redéployées dans des zones adjacentes, en violation des engagements pris en matière de retrait. Des redéploiements coordonnés ont été effectués afin de sécuriser les principaux axes routiers du Sud-Kivu, notamment par le renforcement des positions dans les Moyens et les Hauts Plateaux », écrit encore le rapport des experts.
Le rapport rappelle qu’à la fin du mois de novembre 2025, l’AFC/M23 et l'armée rwandaise (les Forces de défense rwandaises, RDF) ont lancé une offensive de grande ampleur le long du corridor Bukavu-Uvira (RN5) et des axes adjacents afin de s’emparer de la plaine de la Ruzizi et de la ville d’Uvira intervenue le 10 décembre 2025.
L’objectif, écrivent les experts, était de contraindre le Burundi à se désengager du conflit et d’empêcher que son territoire ne serve de base logistique pour l’approvisionnement des forces alignées sur Kinshasa au Sud-Kivu.
«PRÉTENDUE CAMPAGNE DE NETTOYAGE».
« Les avancées réalisées simultanément à Lemera et dans les Moyens Plateaux visaient à s’emparer de positions stratégiques afin d’ouvrir la voie à de nouvelles offensives en direction de Minembwe, de briser l’encerclement de la ville par la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et les FARDC, et de faire pression pour que la FDNB se retire du territoire de Mwenga. Les objectifs suivants consistaient notamment à prendre Kalemie et les Hauts Plateaux, puis, à terme, à prendre le contrôle du Sud-Kivu », écrit le texte.
S’agissant des justifications publiques de l’offensive contre la ville d'Uvira, notamment les déclarations des porte-parole de l’AFC/M23 et les publications diffusées sur des réseaux sociaux affiliés au mouvement, le rapport indique que ces opérations ont été présentées comme une riposte à une prétendue campagne de nettoyage ethnique visant la communauté Banyamulenge.
D’autres allégations faisaient état de la présence d’éléments des FDLR-FOCA opérant aux côtés des FARDC et de la FDNB. « Le Groupe d’experts n’a trouvé aucune preuve indiquant que ces éléments constituaient une menace directe pour le Rwanda susceptible de justifier une intervention militaire en République démocratique du Congo », souligne le rapport.
Le rapport rappelle que la prise de la ville d’Uvira et l’avancée rapide des forces de l’AFC/M23 et de l'armée rwandaise vers le sud, jusqu’à Makobola, située à une vingtaine de kilomètres d’Uvira, ont constitué une expansion territoriale majeure. À en croire le texte, les accusations réciproques de tirs d’artillerie entre le Burundi et le Rwanda ont accru le risque d’une confrontation directe et d’une régionalisation du conflit, conduisant le Burundi à fermer ses frontières et à renforcer son dispositif de défense.
Dans leur texte, les experts des Nations Unies indiquent qu’au moment de la rédaction du rapport, l’AFC/M23 et les RDF continuaient de renforcer leurs effectifs dans la plaine de la Ruzizi. D’autres groupes alliés, notamment la Résistance pour un État de droit au Burundi (RED-Tabara) et les Forces nationales de libération (FNL), combattaient aux côtés du MRDP/Twirwaneho et de l’AFC/M23.
Les autorités burundaises ont dénoncé cette coopération opérationnelle, mettant en garde contre le risque d’une déstabilisation transfrontalière. La prise d'Uvira avait renforcé l’emprise de la rébellion dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Il faut signaler qu'au moins dix-huit personnes ont été tuées et de nombreuses autres blessées au Sud Kivu lors de bombardements de drones du M23 et de ses alliés rwandais survenus vendredi 3 juillet au matin dans le village de Mulima, a déclaré aux médias l’administrateur du territoire de Fizi, Samy Badibanga.
« On dénombre de nombreuses victimes parmi les femmes, les hommes et les enfants, ainsi que des pertes de bétail.
Les infrastructures sanitaires et scolaires ont été détruites, et plusieurs élèves ont vu leurs écoles anéanties dans les villages de Mulima, Kangouli et leurs environs », a poursuivi l’administrateur du territoire de Fizi.
Selon lui, les humanitaires qui assistent les déplacés internes dans les moyens et hauts plateaux de Fizi signalent également « plusieurs blessés. Plus de dix-huit morts ont été recensés parmi ces déplacés internes ».
Par ailleurs, des mouvements massifs de population sont observés ces jours-ci vers les centres de Baraka, Kananda, Mukera, Kichoula et Lumania, sans protection adéquate. Les autorités du territoire de Fizi «condamnent avec la plus grande fermeté les violations répétées du territoire national par des avions rwandais».
Ces attaques sont la conséquence des combats intenses signalés depuis jeudi 2 juillet entre les forces loyalistes FARDC et les rebelles de l’AFC/M23 soutenus par l'armée rwandaise RDF dans cette partie du Sud-Kivu, poursuit l'administrateur.
Le même vendredi 3 juillet, des affrontements similaires ont opposé les FARDC, appuyées par les combattants Wazalendo, aux rebelles du M23 vers Kaziba, dans les hauts plateaux de Mubugu, Kange et Namubula. Selon des sources locales, ces combats sont également à l’origine de nouvelles tensions dans la région.
D. DADEI.





