- lun, 02/03/2026 - 18:52
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1659 | LUNDI 2 MARS 2026.
Le Vice-premier ministre en charge de l'Économie nationale Daniel Mukoko Samba s'exprime.
Fin septembre 2024, le litre d’essence se vendait à 3.440 CDF. Février 2026, il se vend à 2.440 CDF. 1.000 CDF de moins pour le consommateur. À sa nomination mercredi 28 mai 2024 à la tête du ministère de l'Économie nationale, sous la direction de la Première ministre, Cheffe du Gouvernement, Mme Judith Suminwa Tuluka et la vision du Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, comme Vice-premier ministre, Daniel Mukoko Samba (photo ci-contre) a «trouvé un secteur pétrolier sous forte tension financière, avec des pertes et manques à gagner élevés qui pesaient lourdement sur les trésoreries des entreprises du secteur.
Il existait des distorsions dans les structures de prix, liées notamment aux écarts entre le taux de change officiel et celui du marché. Dans l’ensemble, le vrai défi dans ce secteur éminemment stratégique était celui de restaurer la transparence, la discipline et la prévisibilité», déclare-t-il samedi 28 février 2026 en exclusivité au Soft International.
Et de poursuivre: « Des mesures ont permis de réduire significativement les charges budgétaires, d’améliorer les recettes publiques et de renforcer la stabilité de l’approvisionnement». Si depuis le dernier trimestre 2025, «nous avons tourné la page des manques à gagner, beaucoup reste à faire (...). La rigueur est un processus continu (...). La guérison d’un État est une œuvre de longue haleine (...). Si les mécanismes sont solides et les règles claires, ils survivent aux hommes», poursuit le Vice-premier ministre Daniel Mukoko Samba dans une interview exclusive au Soft International.
Aucun doute. Depuis qu'il a regagné le Gouvernement dans l'équipe de Mme Judith Suminwa Tuluka, Daniel Mukoko Samba, Vice-premier ministre en charge de l'Économie nationale, les résultats sont au rendez-vous. Illustration ? Le secteur pétrolier «éminemment stratégique», pilier de l'économie. À Kinshasa, fin septembre 2024, le litre d’essence se vendait à 3.440 CDF. Il est aujourd'hui à 2.440 CDF. À son arrivée au ministère, «j’avais trouvé un secteur pétrolier sous forte tension financière, avec des pertes et manques à gagner élevés qui pesaient lourdement sur les trésoreries des entreprises du secteur. Il existait également des distorsions dans les structures de prix, liées notamment aux écarts entre le taux de change officiel et celui du marché. Dans l’ensemble, le vrai défi dans ce secteur éminemment stratégique était celui de restaurer la transparence, la discipline et la prévisibilité».
Et : « Des mesures (prises) ont permis de réduire significativement les charges budgétaires, d’améliorer les recettes publiques et de renforcer la stabilité de l’approvisionnement». Si depuis le dernier trimestre 2025, «nous avons tourné la page des manques à gagner, beaucoup reste à faire (...). La rigueur est un processus continu (...). La guérison d’un État est une œuvre de longue haleine (...). Si les mécanismes sont solides et les règles claires, ils survivent aux hommes. L’objectif était précisément de construire un système plus robuste que les personnes qui le servent», déclare le VPM au Soft International. Interview exclusive. Ci-après.
Q. Dans quatre mois, vous aurez accompli deux ans au ministère de l’Économie nationale. Quels problèmes avez-vous rencontrés en y arrivant ?
R. À ma prise de fonction, il m’était apparu évident que la priorité était la lutte contre le vie chère. C’était l’une des grandes préoccupations soulevées par les Congolais pendant la campagne électorale de 2023 et c’était le défi majeur pour la plupart des gouvernements dans le monde depuis 2022.
Il me fallait trouver les leviers essentiels pour agir vite et ainsi obtenir des résultats rapides. J’avais identifié trois leviers : les prix des biens alimentaires de grande consommation, le marché du maïs, et les prix des produits pétroliers. Le premier levier s’explique par l’importance relative des dépenses alimentaires dans les revenus des ménages. Le deuxième par la sensibilité de ce produit, le maïs, dans les espaces Katanga et Kasaï.
Et le troisième par le lien très étroit entre les prix des produits pétroliers et ceux de tous les autres biens. Il est vrai que le problème du pouvoir d’achat doit trouver solution à la fois dans les capacités productives locales et la maîtrise des coûts logistiques, mais aussi dans la capacité de l’économie nationale à amortir les effets de l’inflation importée.
Cependant, dans les circonstances qui prévalaient à la mi-2024, les solutions recherchées devaient s’inscrire dans le court terme.
Quelles réponses avez-vous apporté à ces problèmes?
Sur le premier levier, la solution de long terme consiste à accroître la production locale de manière durable. Mais, il y a des délais incompressibles pour remettre en place des systèmes agricoles qui permettent de produire localement plus riz, plus de maïs, plus de sucre. En attendant, pour ne parler que de céréales, en 2024, la RDC a importé 267.000 tonnes de blé dur et près de 110 .000 tonnes de riz (toutes catégories confondues). Ces quantités sont d’ailleurs insuffisantes.
Selon les estimations FAO, en 2024, la RDC devait importer près de 770.000 tonnes de céréales pour satisfaire la demande intérieure. C’est pourquoi, j’avais proposé au Gouvernement d’agir sur les différents prélèvements intérieurs qui alourdissent les coûts de revient des biens importés pour obtenir une baisse relative des prix de gros, et par ricochet, des prix au détail de quelques produits alimentaires.
C’est ainsi que le décret n°24/07 du 19 septembre 2024 avait suspendu jusqu'au 31 décembre 2025, la perception de la Taxe sur la Valeur Ajoutée, TVA, et réduit les droits de douane, ainsi que certains autres prélèvements sur les produits alimentaires de première nécessité (farine, riz, poissons, etc.) pour lutter contre l'inflation.
Les effets de cette politique ont été évidents à partir de janvier 2025. Bien que le maïs et la farine de maïs aient fait l’objet du décret que j’ai cité plus haut, j’avais estimé utile de traiter ce produit de manière particulière à cause de son poids dans les régimes alimentaires dans les grands espaces Katanga et Kasaï. Je voulais à la fois couper court aux velléités spéculatives sur ce produit pendant la période de soudure, c’est-à-dire, la période entre le semis et les premières récoltes.
Je voulais aussi mieux encadrer les importations et faciliter les échanges, surtout entre la frontière avec la Zambie par laquelle arrivent d’importantes quantités de maïs importé et l’intérieur du Kasaï. En signant des protocoles d’accord avec des sociétés privées importatrices, je pense qu’il a été possible de calmer les ardeurs des spéculateurs.
En coordonnant avec le Service National et en subventionnant la SNCC pour qu’elle organise plus de convois vers le Kasaï malgré les nombreux obstacles sur la voie ferrée, il a été possible d’assurer un approvisionnement régulier des marchés intérieurs. Je dois souligner que le financement de la campagne agricole par le Gouvernement a aussi permis de prolonger ces efforts parce qu’à partir de mi-2025 l’on a vu arriver sur les différents marchés d’importantes quantités de maïs local.
Mais beaucoup reste à faire dans ce domaine. Concernant le troisième levier, j’avais trouvé un secteur pétrolier sous forte tension financière, avec des pertes et manques à gagner élevés qui pesaient lourdement sur les trésoreries des entreprises du secteur. Il existait également des distorsions dans les structures de prix, liées notamment aux écarts entre le taux de change officiel et celui du marché. Dans l’ensemble, le vrai défi dans ce secteur éminemment stratégique était celui de restaurer la transparence, la discipline et la prévisibilité. C’est cette problématique structurelle que nous avons décidé d’attaquer en priorité.
Avec la collaboration d’autres membres du Gouvernement concernés, nous avons engagé une réforme méthodique et progressive. Premièrement, la révision des structures de prix pour éliminer les paramètres fictifs et aligner les calculs sur des bases réalistes. Deuxièmement, la certification rigoureuse des pertes et manques à gagner afin de maîtriser les charges supportées par l’État. Troisièmement, la réforme fiscale dans le secteur minier, avec la suppression des subventions carburant aux entreprises minières et l’obligation d’achats déclarés sous douane.
Ces mesures ont permis de réduire significativement les charges budgétaires, d’améliorer les recettes publiques et de renforcer la stabilité de l’approvisionnement. Les résultats sont évidents : le prix du litre d’essence à Kinshasa était 3.440 CDF fin septembre 2024, il est de 2.440 CDF actuellement. Les volumes des produits pétroliers échangés ont fortement augmenté dans toutes les zones économiques du pays. À partir du dernier trimestre 2025, nous avons tourné la page des manques à gagner.
Pensez-vous que ces réponses survivront après votre passage à ce ministère ?
Les réformes ne doivent jamais dépendre d’un individu. Nous avons travaillé à les institutionnaliser : décisions collégiales, formalisation des procédures, traçabilité administrative, dialogue structuré avec les parties prenantes. Si les mécanismes sont solides et les règles claires, ils survivent aux hommes. L’objectif était précisément de construire un système plus robuste que les personnes qui le servent.
Depuis votre arrivée à la tête du ministère de l’Économie nationale, vous faites faire des gains en plusieurs millions de $US au Trésor public provenant des pétroliers. Ces mêmes pétroliers qui, hier ont sucé, de longues années, l’État congolais se seraient ressaisis sous votre gouvernance ou ils seraient mieux exposés, plus suivis par les réformes que vous auriez introduites?
Je ne fonctionne pas dans une logique de confrontation ou de stigmatisation. Le secteur pétrolier est un secteur stratégique pour notre économie. Ce que nous avons corrigé, ce ne sont pas des acteurs, mais des mécanismes. Lorsque les règles sont imprécises, les marges d’interprétation peuvent créer des dérives.
Lorsque les règles sont claires, contrôlées et appliquées avec rigueur, les déséquilibres se réduisent. Il s’agit donc moins d’un changement d’attitude des opérateurs que d’un renforcement de la discipline systémique.
Pensez-vous que les gains que vous faites faire au Trésor public sont suffisants ou il reste du chemin à faire ?
En matière de finances publiques, il n’y a jamais de point d’arrivée définitif. Les progrès réalisés sont importants, mais la consolidation doit se poursuivre. La voie est maintenant bien tracée. Sur la base des résultats encourageants que nous avons obtenus, nous allons poursuivre les efforts avec pour objectif de se rapprocher de la vérité des prix, en protégeant le pouvoir d’achat des consommateurs, en diminuant les subventions de l’État, le tout sans des incidences fâcheuses sur les trésoreries des entreprises. La rigueur est un processus continu.
On parle ces derniers temps du «deal minier» conclu le 4 décembre dernier à Washington dans lequel vous jouez un rôle de premier plan. Quels sont les aspects positifs de ce «deal» pour le pays et quels en sont les aspects négatifs ?
D’abord laissez-moi corriger. Il ne s’agit pas d’un deal au sens d’un troc «minerais» contre «sécurité» comme d’aucuns pourraient le penser. Il s’agit de la reconnaissance par le gouvernement américain de la RDC comme un partenaire stratégique. Dans ce cadre, les deux États ont pris l’engagement commun de coopérer de manière plus étroite dans différents domaines : l’économie, la sécurité et la défense, la science et la technologie, les échanges de compétences institutionnelles.
L’accord offre ainsi un cadre global de coopération permettant aux États-Unis de sécuriser l’accès aux minerais critiques et à la RDC d’accélérer son insertion dans les chaînes de valeurs mondiales, en plus des échanges dans les autres domaines comme je l’ai indiqué plus haut. La RDC tient à diversifier et son économie et ses partenariats. Le partenariat avec les États-Unis ouvre des perspectives importantes en matière d’investissements, de transfert de technologies et de diversification des débouchés pour nos ressources stratégiques.
Il améliore également la visibilité internationale de la RDC. Toutefois, tout accord exige vigilance : garantir l’intérêt national, préserver la souveraineté économique et assurer une mise en œuvre transparente sont des conditions essentielles pour que les bénéfices soient durables.
Pensez-vous que l’état d’esprit congolais permettra à ce «deal» de conduire le pays à des résultats positifs?/strong>
Les Congolais attendent des résultats concrets. Si les partenariats produisent des emplois, des infrastructures, des recettes supplémentaires et une amélioration du bien-être collectif, l’adhésion suivra naturellement. La confiance se construit par les faits.
Qu’est-ce que le pays a tiré ou espère tirer de votre passage à la rencontre de Davos, en Suisse ?
Davos est un espace stratégique de diplomatie économique. Il permet de présenter les réformes engagées, de dialoguer avec des investisseurs et de renforcer la crédibilité du pays. Dans un monde compétitif, la visibilité internationale est un actif économique. En janvier dernier, nous avons voulu, avec mes collègues de l’Intérieur et des Mines, mais aussi avec les entrepreneurs Congolais membres de la FEC, présenter plus positivement la RDC.
Vous avez été, dans une autre vie, Vice-premier ministre en charge du Budget. Quelle analyse faites-vous entre ces années-là et ces années-ci ?
Au Budget, l’enjeu était principalement la discipline dans la gestion des dépenses publiques.
À l’Économie nationale, la mission est plus large : régulation des marchés, protection du pouvoir d’achat, redressement de la production nationale. Mais, entre les deux positions, une constance.
Dans les deux cas j’ai eu le privilège et la responsabilité de présider la Commission interministérielle permanente Économie-Finances-Reconstruction. Et, dans cette position, je suis donc intimement concerné par la question de la stabilisation macroéconomique.
Vous êtes la bouche d’où l’expression «coulage des recettes publiques» est sortie un jour dans un grand palace à Kinshasa. C’est la première fois que cette expression était entendue de la bouche d’un homme politique au Congo. Qu’en est-il plus d’une décennie plus tard?
Le «coulage» désigne les inefficiences, les fraudes et les fuites qui affaiblissent l’État. Plus d’une décennie plus tard, le combat continue. La différence réside dans l’amélioration des outils de contrôle et dans une volonté politique plus affirmée de renforcer la traçabilité et la discipline.
Un exemple récent : en excluant les miniers de la subvention pétrolière à partir d’août 2025 et en encadrant de manière plus stricte la collecte des ressources publiques, nous avons fait passer les recettes douanières payées par cette catégorie d’agents d’une moyenne de 4,5 milliards de CDF à 80 milliards CDF de par mois.
Dans votre ouvrage «Guérir le Congo du mal zaïrois» paru en 2021 chez l’Harmattan, vous affichez une grande ambition. C’est quoi le mal zaïrois? Quelle en est la thérapeutique? Pensez-vous que le Congo est désormais engagé dans ce processus de guérison ? Si oui, à quel niveau se trouve le Congo aujourd’hui dans ce processus ?
Le «mal zaïrois» renvoie à une culture d’impunité, à la confusion entre intérêt public et intérêt privé, et à la faiblesse institutionnelle.
La thérapeutique repose sur la réforme des institutions, la discipline budgétaire, la transparence et la responsabilisation. Le Congo est engagé dans ce processus, mais la guérison d’un État est une œuvre de longue haleine.
Professeur d’Économie, comment expliquer qu’avec un projet de budget de 22 milliards de $US en 2026, que le gouvernement émette des obligations du trésor de 70 millions de $US, en clair, que le gouvernement en soit arrivé à solliciter des crédits auprès des opérateurs économiques et des investisseurs ?
Un budget projeté ne signifie pas une trésorerie immédiatement disponible. Les obligations du Trésor sont des instruments modernes de gestion budgétaire. Elles permettent de faire face aux décalages temporaires entre les recettes et les dépenses de l’État et d’assurer une gestion plus stable et prévisible de la trésorerie publique. C’est un signe de normalisation financière, non de fragilité.
Les Congolais aimeraient mieux vous connaître. Excellence Monsieur le Vice-premier ministre, qui êtes-vous ?
Je suis un économiste de formation, professeur d’université, engagé depuis plusieurs décennies dans la réflexion sur les politiques publiques et la gouvernance économique. J’ai eu l’honneur de servir mon pays à différents niveaux de responsabilité. Je crois profondément que le développement repose sur la rigueur, la constance et la primauté de l’intérêt général.
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