Les propos qui ont mis le Président et la Première ministre en grande colère
  • jeu, 15/01/2026 - 17:19

Un officier général de l'armée nationale, général-major, porte-parole officiel des FARDC, Sylvain Ekenge, fait, samedi 27 décembre 2025, une interview déclaration diffusée, sur la chaîne télé Rtnc, la chaîne nationale, des mots qu'un officiel ne peut sortir de sa bouche quand il s'exprime au nom de l'État. Sanctionné dès le surlendemain, lundi 29 décembre, par le Chef d’état-major général des FARDC. Suspendu de ses fonctions. Déféré devant la justice militaire. Plus tard, le pays et le monde entendent des déclarations de deux membres du gouvernement, un Vice-premier ministre Adolphe Muzitu Fumudji et un ministre Muhindo Nzangi Butondo, sortent des mots politiquement incorrects qui font monter la tension, mettent le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et la Cheffe du gouvernement Judith Suminwa Tuluka en grande colère. Lors de deux conseils des ministres qui se suivent - le 2 janvier et le 9 janvier, ils recourent à de mots rares à l'adresse des membres du gouvernement. « Une mise en garde sévère aux membres du Gouvernement», les appelant à recourir désormais impérativement à un système de prise de parole publique mis en place, déclare le porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, dans un compte-rendu officiel fait à l'issue du Conseil des ministres réuni le 9 janvier 2026 à la Cité de l'Union Africaine.

Le samedi 27 décembre, sur les ondes de la Rtnc, le général-major Sylvain Ekenge tient un discours xénophobe envers la femme tutsi.

Il lit, de temps en temps, un texte, signe qu'il avait préparé sa sortie et donc ses mots : « Lorsque vous épousez une femme tutsi, il faut faire attention. Lorsque vous êtes responsable, comme grand chef coutumier, on vous donne une femme. Vous allez recevoir chez vous un membre de sa famille qu’on présentera comme un cousin ou un neveu, alors que c’est la personne qui viendra faire des enfants avec votre épouse à la maison, et on vous dira que les enfants naissent tutsi parce que la race tutsi est supérieure ». Quoi en conclure ? « Rien que la perfidie inculquée chez les femmes tutsi ».

DES MOTS QUE CES BOUCHES NE SORTENT PAS.
Qui connaît cette histoire ? Qui ne connaît pas cette histoire ? Est-elle authentique ? Au Conseil des ministres de vendredi 2 janvier 2026 à la Cité de l’Union Africaine - la soixante-treizième réunion ordinaire du Conseil des ministres de Tshisekedi, la toute première de l'année 2026 - «le Président de la République a tenu à rappeler avec gravité que la parole publique engage l’État dans ce qu’il a de plus essentiel: sa crédibilité, son autorité morale, sa capacité à rassembler la Nation et à préserver durablement la cohésion nationale. À ce titre, toute expression émanant d’un responsable public doit être empreinte de retenue, de responsabilité et d’un sens aigu de l’intérêt supérieur de la République », déclare Patrick Muyaya Katembwe à l'issue du Conseil.

«À cet égard, il a suivi avec une attention particulière la récente sortie médiatique du porte-parole des Forces armées de la République Démocratique du Congo, diffusée sur la chaîne nationale, au cours de laquelle des propos à caractère méprisant et stigmatisant ont été tenus à l’endroit des femmes de la communauté tutsie. Le Président de la République a déploré vivement cette dérive de langage, qui ne reflète ni les valeurs républicaines, ni l’éthique de responsabilité, ni la hauteur de vue attendues de toute prise de parole officielle, a fortiori lorsqu’elle émane d’un membre d’une Institution aussi sensible et stratégique que l’Armée nationale. De tels propos sont de nature à fragiliser la cohésion sociale, à alimenter des tensions inutiles et à porter atteinte à l’image et à la crédibilité de l’État, tant sur le plan interne qu’externe. Il a dit approuver, par ailleurs, les mesures prises à son endroit tout en rappelant avec insistance que la parole de l’État ne saurait être improvisée, émotionnelle ou approximative ».

Puis : «Elle doit, en toutes circonstances, être portée avec retenue, responsabilité et clarté d’objectif, en particulier lorsqu’elle concerne des questions complexes, délicates ou susceptibles d’avoir des répercussions sécuritaires, sociales, politiques ou diplomatiques. À ce titre, le Président de la République en a appelé à l’ensemble des membres du Gouvernement, aux responsables civils et militaires ainsi qu’à tous les acteurs de la communication publique à éviter toute sortie médiatique incontrôlée, notamment sur les sujets sensibles touchant à la défense nationale, à la sécurité, à la cohésion sociale et aux relations institutionnelles ».

« La parole publique doit demeurer un instrument de rassemblement, de stabilité et de confiance, et non une source de division ou de confusion», a insisté le Président de la République qui «a encouragé, par ailleurs, chaque responsable appelé à s’exprimer publiquement au nom de l’État à se documenter rigoureusement, à maîtriser pleinement les enjeux des dossiers abordés et à mesurer avec discernement la portée de ses propos, afin de préserver l’unité nationale, la dignité des Institutions et la confiance légitime des citoyens dans l’action publique».

Puis : « Afin d’éviter la répétition de tels manquements et tirant les enseignements de l’incident susmentionné, le Président de la République a rappelé ses instructions à l’endroit du ministre de la Communication, Médias et porte-parole du Gouvernement de mettre en place, sans délai, un mécanisme formel de concertation préalable. Celui-ci associera son Conseiller spécial en matière de communication, les services de communication de la Primature, de l’État-Major Général des Forces armées ainsi que ceux de la Police Nationale Congolaise, pour toute sortie médiatique diffusée sur la chaîne nationale ou tout autre média, dès lors qu’elle porte sur des questions délicates engageant directement l’État ».

Mais voici que le ministre du Développement rural Muhindo Nzangi Butondo et son collègue Vice-premier ministre en charge du Budget Adolphe Muzitu Fumudji donnent des interviewes et font des déclarations sur la guerre. Désordre absolu. Le premier, sur une chaîne télé privée locale, se moque - c'est le mot - de l'armée, déclare haut et fort que « n'eût été l'ordre donné par le secrétaire d'État américain Marco Rubio, les rebelles auraient déjà pris » telle ville. Était-il si convaincu ? Et, même s'il en était le cas, cette parole si inopportune sort-elle de la bouche d'un ministre ?

Invité, le 7 janvier, à l'émission En Tête-à-tête de la chaîne de télévision française France 24 animée par le journaliste Marc Perelman, Adolphe Muzitu prononce deux phrases de trop.
La première : « Les Américains ne peuvent pas décider de ce qu'ils veulent » (sur le deal minier au Congo).

La deuxième : « Si le Rwanda veut la guerre, ils vont l’obtenir », vantant la mise à disposition d'une somme de 5 milliards de $US prévue dans le projet de budget 2026 pour les forces armées.

Au Conseil des ministres du vendredi 9 janvier 2026, la Première ministre ouvre le feu, rapporte le porte-parole du Patrick Muyaya Katembwe.
« Elle a rappelé les instructions présidentielles relatives à la communication gouvernementale sur toute prise de parole publique qui engage directement la crédibilité, l’autorité et la cohésion de l’État. Elle a souligné que la parole de l’État ne saurait être improvisée ou non maîtrisée, en particulier lorsqu’elle porte sur des questions sensibles liées à la défense nationale, à la sécurité, à la cohésion sociale ou aux relations diplomatiques.

Et il est inacceptable de ne pas s’en tenir à cette ligne de conduite. Au regard de la persistance de prises de parole non concertées, intervenant en dehors des orientations présidentielles, la Première ministre a rappelé, avec insistance, à l’ensemble des membres du Gouvernement la nécessité de veiller personnellement au strict respect des directives du Chef de l’État en matière de communication».

«En conséquence, toute communication sur les sujets sensibles précités doit impérativement s’inscrire dans le mécanisme de concertation préalable placé sous la coordination du ministre de la Communication et Médias, en lien avec les services compétents de la Présidence et de la Primature, afin de préserver la cohérence des positions de l’État et de prévenir tout risque diplomatique ou sécuritaire. Elle a demandé aux ministres d’en assurer l’application rigoureuse au sein de leurs cabinets respectifs. Le Président de la République a, en appui à la communication de la Première Ministre, lancé une mise en garde sévère aux membres du Gouvernement qui ne se soumettront au mécanisme établi au niveau du ministère de la communication et des médias».
Cela est trop clair...
ALUNGA MBUWA.


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