Le dialogue prend place
  • ven, 13/02/2026 - 08:29

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1658 | VENDREDI 13 FÉVRIER 2026.

Les signaux peuvent se tromper mais les signaux ne se trompent pas. Tout indique que peu à peu le dialogue prend place dans le pays. Il semble même comme si le processus, jour après jour, s'accélère. La question est de savoir quand aura-t-il lieu, où se tiendra-t-il, selon quel format et, surtout, quoi en attendra? Samedi 31 janvier, à la cérémonie d'échange des vœux avec le corps diplomatique qui s'est tenue au Palais de la Nation à Kinshasa, le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo avait donné sa position, traçant des lignes rouges.

DES INVITATIONS LANCÉES.
Il avait «réaffirmé (son) «ouverture à un dialogue entre Congolais», mais avait poursuivi: « Si ce dialogue devait se tenir, il se déroulerait sur le sol national, et serait conduit et organisé par les institutions de la République, dans le respect de la Constitution, des lois de la République et des règles démocratiques qui fondent notre pacte national», a-t-il déclaré avant de poursuivre :

« Je le dis avec la même clarté : ce dialogue intérieur, aussi nécessaire soit-il, ne saurait tenir lieu de substitut aux obligations internationales. Il ne peut pas être invoqué pour relativiser une agression, ni pour diluer des responsabilités établies (...). La justice suivra son cours normal, avec rigueur, jusqu’au bout, et sans complaisance afin d’honorer la mémoire de celles et ceux injustement tombés du fait de l’agression ».

Sur la guerre que mène le Rwanda contre le Congo, il a insisté sur une vérité : «La paix ne se négocie pas au prix du mensonge, et ne se construit pas sur l’impunité», soulignant « un développement majeur intervenu récemment (qui) vient nous conforter dans cette position », à savoir : « une déclaration officielle faite ces derniers jours devant le Congrès des États-Unis d’Amérique (quand) une haute représentante de la République du Rwanda a reconnu l’existence d’une coordination sécuritaire avec les rebelles de l’AFC/M23.

Un aveu (qui) constitue un tournant majeur : il réduit l’espace du déni, clarifie les responsabilités et oblige chacun à passer des exhortations aux mécanismes d’exécution - ceux du droit international, ceux des résolutions du Conseil de sécurité, et ceux des engagements politiques librement souscrits.

Mais permettez-moi d’être parfaitement clair sur ce point : aucune cause, aucun récit, aucune justification sécuritaire ne peut légitimer l’occupation de fait, les administrations parallèles, les déplacements forcés, ni la prédation des ressources, au détriment d’un État membre des Nations Unies».

Ces dernières semaines, le président de la République s'est rendu à Luanda, en Angola, comme jamais auparavant. Il y a rencontré, à chaque fois, son homologue angolais, João Manuel Gonçalves Lourenço, qui assume la présidence tournante de l'Union Africaine, UA.

Nul doute, si les puissances internationales réclament le dialogue entre Congolais - les États-Unis, la France, la Belgique, du coup, l'Union européenne -, elles en ont donné la charge au continent, à l'Union africaine représentée par son président en exercice, qui a désigné le président du Conseil togolais Faure Essozimna Gnassingbé à la tête d'un team d'anciens présidents comme facilitateurs. Il s'agit du Nigérian Olusegun Obasanjo, du Kenyan Uhuru Kenyatta, du Sud-africain Kgalema Motlanthe, de l'Éthiopienne Sahle-Work Zewde, de la Centrafricaine Catherine Samba Panza.

Lundi 9 février, une énième réunion s'est tenue à Luanda, cette fois «de haut niveau» en présence du président du Conseil de la République togolaise Faure Essozimna Gnassingbé, le médiateur désigné de l’Union africaine, et de Olusegun Obasanjo, membre du Panel des Facilitateurs de l’Union africaine.

Dans la continuité des efforts diplomatiques déployés sur la situation sécuritaire au Congo et dans la région, cette réunion a réaffirmé la priorité d’un cessez-le-feu inconditionnel, la nécessité du respect vérifiable des engagements souscrits, a donné mandat à l’Angola de mener des consultations avec toutes les parties congolaises intéressées en vue d’un dialogue apaisé, conduit et organisé par les institutions de la République, dans le respect de la Constitution.

La journaliste et femme politique belge, Hadja Lahbib, commissaire européen à la coopération internationale, à l'aide humanitaire et à la réaction aux crises, a encore insisté mardi 10 février, lors de son intervention devant le Parlement européen à Strasbourg, en France.

« Le multilatéralisme est essentiel pour parvenir à la paix. Toutefois, un dialogue intercongolais inclusif serait un moteur indispensable à une paix durable ».

L’escalade de violences dans la partie Est du pays inquiète la communauté internationale, qui multiplie les efforts pour trouver une issue pacifique à cette crise.

Hadja Lahbib a réaffirmé l’engagement ferme de l’Union européenne à contribuer à la fin de ce conflit meurtrier. Elle a annoncé son voyage la semaine prochaine dans la région des Grands Lacs.

À Strasbourg, la commissaire européen à la coopération internationale, a déclaré que l'’Union européenne a exhorté la communauté internationale à agir afin de mettre un terme définitif à ce conflit qui ravage l’Est du Congo depuis plus de trois décennies.

Et, sur le terrain, les hostilités se poursuivent entre les belligérants, et la situation sécuritaire reste fragile. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu demeurent fortement militarisées, tandis que les populations civiles continuent de subir les conséquences des affrontements : déplacements massifs et violences.

Selon des sources humanitaires, l’escalade des combats dans le Sud-Kivu depuis décembre 2025 a entraîné le déplacement de plus de 500.000 personnes, touchant notamment Uvira, Walungu, Mwenga, Shabunda, Kabare, Fizi et Kalehe.


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