Ça tremble à la frontière
  • dim, 25/01/2026 - 17:58

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1656 | LUNDI 26 JANVIER 2026.

Kagame venait de dévoiler «les causes profondes» de ses multiples guerres menées au Congo : la revendication des territoires que les colons auraient ravis au Rwanda (historiquement totalement faux). Sous pressions américaines, qui brandissaient des sanctions voire pire, disant «instaurer la confiance par la transparence», Kagame a reconnu, via son ambassade à Washington, «participer à une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23», ce qu'il avait à ce jour longtemps nié. La Maison blanche, sous le Républicain Donald Trump, dont les stratèges refusent d'être «pris pour des idiots» - les mots de Marco Rubio - ont ordonné le débarquement de leurs forces au Congo. Le Commandement des États-Unis pour l'Afrique (United States Africa Command, AFRICOM) créé en 2007 par le département américain de la Défense, a atterri à Kinshasa, accueilli à l'état-major des FARDC. Message fort. Le Républicain est passé à l'acte. Vendredi 23 janvier 2026, Washington a informé le monde via le compte officiel X (ex-Twitter) de son ambassade à Kinshasa (@USEmbKinshasa) en publiant un texte, soutenu par une longue vidéo commentée par du texte sur l'accueil du commandement américain à l'état-major général des FARDC et la première réunion tenue dans la capitale. «Enough is enough. Time for peace is come». Le commandement américain coordonne toutes les activités militaires et sécuritaires des États-Unis en Afrique. À la frontière, ça bouge ; mieux, ça tremble. Certes, le Congo et son destin appartiennent au Congo et au Congo seuls et il faut à l'élite congolaise faire montre plus que jamais de responsabilité. Pour ce partenariat stratégique qui fait gagner au Congo une guerre injuste, comment ne dirions-nous pas «vive Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo». La veille, le président rwandais avait ordonné à ses troupes d'AFC/M23/RDF de déguerpir d'extrême urgence d'Uvira, ville congolaise prise le 4 décembre 2025 quand Donald Trump signait à Washington l'accord de paix dans le cadre du deal minier (minerais critiques) avec les présidents congolais Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et rwandais Paul Kagame. Faute lourde.

Cette fois est la bonne. Nul doute. Reste que le Congo est aux Congolais. À eux et à eux seuls, de se prendre en charge, d'être responsables de leur destin.

Le Secrétaire d'État américain Marco Rubio avait prévenu au monde. Ce fut le 3 janvier au lendemain de la capture, dans leur complexe ultrasécurisé de Caracas, dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, par les forces spéciales américaines, du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son femme Cilia Flores.

Un raid nocturne spectaculaire qui aurait fait plus de 100 morts. Depuis la Floride, à Mar-a-Lago, face à Donald Trump, des mots forts, explicites furent entendus.

«Des gens qui jouent à des petits jeux et qui pensent que rien ne le leur arrivera ! Et nous avons maintenant un président, le quarante-septième, qui ne joue pas à ce genre de petits jeux. Lorsqu'il vous dit qu'il va agir et qu'il va régler ce problème, il va le faire et il va le faire, et il agit.

Cela fait 14-15 ans que je suis dans cette branche et nous avons dit que nous allons faire ceci, cela, mais maintenant nous avons un président qui agit. Je crois qu'il y a beaucoup de gens qui commencent à le comprendre.

C'est comme ça que nous allons travailler. Et les gens doivent le comprendre. Ce n'est pas un président qui parle, qui fait des conférences de presse et qui écrit des lettres» (Le Soft International n°1654 | Vendredi 9 janvier 2026).

«Si le président dit qu'il est sérieux, eh bien! prenez-le au sérieux. Tout cela était une menace directe pour la sécurité nationale des États-Unis. Le président est un président de la paix. Maduro a eu plusieurs opportunités et plusieurs voies de sortie. Et il pourrait vivre à un autre endroit dans de très bonnes conditions» (Le Soft International n°1654 | Vendredi 9 janvier 2026).

« UNE ERREUR GRAVE ET INHABITUELLE ».
«Il a choisi de jouer au dur et voilà le résultat ce matin. Le message pour le monde est le suivant : le président ne cherche pas à se quereller avec tout le monde. Nous sommes prêts à parler avec tout le monde. Mais ne jouez pas le petit jeu.

Ne nous prenez pas pour des idiots. Ne prenez pas ce président pour un idiot, sinon cela va mal se terminer pour vous. Et j'espère que la leçon a été retenue hier, et qu'elle portera» (Le Soft International n°1654 | Vendredi 9 janvier 2026).
En politique comme dans la vie, il n'existe pas d'amis éternels, sauf les intérêts sont éternels. Ceux qui ont les intérêts en commun, ne sauraient se faire la guerre.

Quand on observe les signes depuis l'événement du 4 décembre, à l'Institut des États-Unis pour la paix à Washington, débaptisé la veille Institut Donald Trump pour la paix, à savoir, la signature par les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame, devant d'autres chefs d'État africains, de l'accord de Washington, négocié et vanté par les Américains, cérémonie présidée par Trump, accord qui comporte la signature du président américain, aucun doute possible : il y va d'une question existentielle pour les Américains.

Face à la menace chinoise, l'heure avait sonné pour les États-Unis de se mettre debout et d'aller de l'avant.
À Mar-a-Lago, alors que Nicolas Maduro avançait vers une prison de New York, embarqué sur un navire américain, Donald Trump avait averti : «Ce qui est arrivé à Maduro peut arriver à n’importe qui ».

Le Venezuela est désormais sous tutelle des États-Unis pour son pétrole et « seul le temps dira » combien de temps les États-Unis dicteront les décisions du Venezuela.

Quels pays dans la ligne de mire de Trump? Le Nigeria, l'Iran, le Groenland, etc.? Les intérêts américains, la sécurité nationale américaine, cela commence à l'extérieur.

De là l’activation du projet du port en eau profonde de Lobito (reliant Ndola en Zambie, traversant l'ex-province congolaise du Katanga par Kolwezi, puis l'Angola, débouchant sur Lobito, à la côte atlantique). Projet assurera une liaison en une semaine contre plus d'un mois aujourd'hui, entre l’océan Atlantique et les régions minières congolaises et zambiennes qui produisent les minerais critiques, le cobalt, le lithium, le cuivre, etc.

L'une des rares visites que l'ancien président Joe Biden en fin de mandat effectua en Afrique fut celle de Lobito, le 4 décembre 2024. Son successeur a mis 553 millions de $US à la disposition de l’opérateur Lobito Atlantic Railway.
Avant Mar-a-Lago, face à Donald Trump, ce 3 janvier, qu'est-ce que les Américains n'avaient pas lancé comme message !
À commencer par Marco Rubio. Sur son compte X (ex-Twitter), le secrétaire d'État avait écrit : «Les actions du Rwanda dans l'Est du Congo constituent une violation flagrante des accords de Washington signés par le président Trump, et les États-Unis prendront des mesures pour garantir les promesses faites au président » @SecRubio.

Christopher Landau, secrétaire d'État adjoint surenchérit : « La récente offensive d'Uvira a été une erreur grave et inhabituelle» @DeputySecState. En conférence de presse de fin d’année, Rubio défend « America First », affirme que «les engagements signés mais violés existent, permettant désormais aux États-Unis d’exiger des comptes et d’exercer des pressions pour leur respect » @SecRubio.

Le 12 décembre 2025, lors d’une réunion d’urgence du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la situation sécuritaire dans les Kivu, l’ambassadeur américain Mike Waltz, avait frappé fort, assurant que les États-Unis « utiliseront les outils à (leur) disposition pour tenir responsables les fauteurs de troubles de la paix » au Congo.

En autorisant ses forces déployées au Congo de prendre la troisième ville du Sud-Kivu, en leur fournissant les armes les plus sophistiquées, Paul Kagame, «intimement impliqué dans la planification et l’exécution de la guerre dans l’est de la RDC», a franchi la ligne rouge.

« Le président Trump s’est réjoui d’avoir réuni le président de la RDC Tshisekedi et le président rwandais Kagame à Washington le 4 décembre pour la signature des accords de Washington et du cadre d’intégration économique régionale. C’était une démonstration et un effort vrai et sincère vers la paix (…). Et les États-Unis sont profondément préoccupés et incroyablement déçus par la reprise de la violence dans l’est de la RDC (…).

Depuis sa réémergence en 2021, le Rwanda exerce un contrôle stratégique sur son groupe armé par procuration, le M23, ainsi que sur l’aile politique du M23, l’Alliance du fleuve Congo (AFC), et a déployé le M23 et l’AFC pour atteindre les objectifs géopolitiques du Rwanda dans l’est de la RDC. Kigali a été intimement impliqué dans la planification et l’exécution de la guerre dans l’est de la RDC, en fournissant une direction militaire et politique aux forces du M23 et de l’AFC depuis des années maintenant.

Les Forces de défense rwandaises ont fourni du matériel, de la logistique et un soutien à l’entraînement au M23, ainsi que des combats aux côtés du M23 en RDC avec environ 5000 à 7000 soldats début décembre. Cela ne compte pas les augmentations possibles du Rwanda dans cette avancée la plus récente.

Ces derniers mois, le Rwanda a déployé plusieurs missiles sol-air et d’autres armes lourdes et sophistiquées dans le Nord et le Sud-Kivu pour aider le M23 dans son conflit contre la RDC. Le Rwanda et le M23 ont commencé leur offensive juste ce week-end dernier pour prendre Uvira, avec des forces rwandaises colocalisées avec le M23 le long des lignes de front.

De plus, nous avons des rapports crédibles sur l’utilisation accrue de drones suicides, une utilisation accrue d’artillerie par le M23 et le Rwanda, y compris des frappes au Burundi. Donc, plutôt qu’une marche vers la paix, comme nous l’avons vu sous la direction du président Trump, ces dernières semaines, le Rwanda conduit la région vers une instabilité et une guerre accrues.

À la lumière des engagements pris dans les Accords de Washington, nous sommes profondément préoccupés par le maintien de la présence militaire rwandaise sur le territoire congolais en soutien au M23. Nous utiliserons les outils à notre disposition pour tenir responsables les fauteurs de troubles de la paix » (Le Soft International n°1654 | Vendredi 9 janvier 2026).

CHANGEMENT DE CAP À KIGALI.
Vendredi 19 décembre, une autre représentante des États-Unis aux Nations Unies, y est revenue, condamnant l’avancée des troupes pro-rwandaises ainsi que le soutien du Rwanda, estimant que cela est contraire aux accords de Washington. « Le M23 doit immédiatement se retirer à au moins 75 kms d’Uvira et se conformer à l’ensemble de ses obligations prévues par l’accord-cadre », a-t-elle insisté.

Faut-il souligner ce Pacte de Partenariat pour la Sécurité et la Défense signé à Washington avec les États-Unis en lien avec la coopération dans le domaine du renseignement, de la surveillance technologique, de la fourniture d'équipements militaires, etc.

Sur le débarquement des forces américaines à Kinshasa, le texte qu'écrit U.S. Embassy Kinshasa sur son compte X @USEmbKinshasa, appuyé par une longue vidéo, validés par Washington ci-après : « L'AFRICOM, département américain de la Guerre, a rendu visite cette semaine aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) afin d'étudier les possibilités de coopération en matière de sécurité. Le colonel Michael Gacheru, chef de l'équipe de l'AFRICOM, a déclaré :

« L'AFRICOM est reconnaissant de la volonté et de la coopération constantes des FARDC pour explorer les moyens de renforcer notre coopération en matière de sécurité et de faire progresser la paix par la force. Cette visite témoigne de notre soutien indéfectible aux FARDC et au gouvernement de la RDC ».

Les généraux congolais Jules Banza Mwilambwe, chef d'état-major des FARDC et Lukwikila Metikwiza Marcel, secrétaire général au ministère de la Défense, ont pris part aux échanges.

Il faut noter qu'avant 2008, les activités militaires américaines en Afrique étaient partagées entre l'USEUCOM, le USCENCOM et le USPACOM et, en 1983, elles sont passées sous la responsabilité du Commandement européen dès lors, avait-on affirmé, que la majorité des pays africains étaient d'anciennes colonies européennes qui avaient conservé des liens politiques et culturels avec l'Europe.

Mais, un état-major spécifique pour l'Afrique a vu le jour en 2006. Placé sous le commandement du général afro-américain William E. Ward, il a commencé à fonctionner le 1er octobre 2008.

Les activités de ce commandement comprennent entre autres la formation de soldats au maintien de la paix dans le cadre du programme ACOTA (African Contingency Operations Training and Assistance program), la fourniture d'une aide militaire par l'intermédiaire du programme IMET (International Military Education and Training program).

Son baptême du feu pour des opérations de grande ampleur a lieu en mars 2011 lors de l'application de la zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye.

L'AFRICOM a mis en œuvre des détachements de drones de reconnaissance implantés, en outre, sur l'aéroport d'Arba Minch en Éthiopie. À la suite de l'attaque du consulat américain de Benghazi le 11 septembre 2012 ayant causé la mort entre autres de l'ambassadeur John Christopher Stevens, l'AFRICOM a mis sur pied une force d'intervention rapide, le Special Purpose Marine Air-Ground Task Force for Crisis Response, basé sur la base aérienne de Morón en Espagne.

Elle a été déployée, en Afrique de l'Ouest en 2014, parmi d'autres unités de l'AFRICOM et provenant des États-Unis.
Nul doute, rien n'est plus comme avant.

Sur son compte X (@afrikarabia), le journaliste français Christophe Rigaud basé à Paris a publié vendredi 23 janvier 2026 un texte officiel du Rwanda par son ambassade à Washington qui reconnaît, pour la toute première fois, faire de la «collaboration sécuritaire avec les rebelles AFC/M23.

«Pour empêcher une nouvelle insurrection génocidaire transfrontalière, le Rwanda participe à une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23. Je le précise afin d’instaurer la confiance par la transparence», reconnaît l'ambassade. Constat du journaliste : «Un changement de cap après des années de dénégation de Kigali dans le soutien à la rébellion».
D. DADEI.


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