La riposte VK
  • ven, 08/11/2019 - 00:58

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1470|VENDREDI 8 NOVEMBRE 2019.

Ils n’attendaient pas un vent force 10 sur l’échelle de Beaufort... Ils pariaient sur une tempête majeure pouvant atteindre 100 km/h voire plus paralysant des villes du pays, la Capitale Kinshasa en tête. La chienlit, le mot culte du Général De Gaulle...

ROMPT UN LONG SILENCE.
D’autres forçaient la note, annonçaient la venue d’un ouragan atteignant la catégorie 5 dans l’échelle de Saffir-Simpson, balayant tout à son passage jusqu’au sommet de l’état...
Tous les moyens avaient été mobilisés. Chancelleries, ONG, mouvements citoyens, médias, réseaux sociaux enflammés. Mi-septembre, à la veille de la visite d’état du Président de la République en Belgique, la première depuis une dizaine d’années d’un Président congolais dans l’ancienne puissance colonisatrice, il n’y avait que ça : affaire 15 millions ($US) détournés.
Complot? Le mot était dans toutes les bouches. Le crash de l’Antonov A72 russe mettait le feu aux poudres. Affrété par l’armée pour la logistique du Président de la République, l’avion venait de crasher en pleine forêt en pleine journée de jeudi 10 octobre tuant son équipage et des membres de l’équipe de la logistique présidentielle après qu’il eût décollé de l’aéroport de Goma, à destination de Kinshasa peu avant le vol à bord duquel le Chef de l’état et sa suite officielle avaient pris place.
Mais voici que peu à peu, le cyclone sévère redouté rétrograde en tempête tropicale faisant des dégâts certes mais rien de ce qui avait été annoncé au départ.
à Kinshasa, le CLC - Comité Laïc Catholique rejoint par le MLC du très craint ex-chef rebelle Jean-Pierre Bemba - a manifesté accompagné d’agents de police mais les transports ont fonctionné, les marchés ouverts, les fonctionnaires à leurs postes, rues et avenues bondées de monde... D’aucuns se gaussent d’un non-événement.
Depuis la survenue de cette affaire, le DirCab mis en cause n’avait jamais pris la parole en public, n’était vraiment apparu en meeting, ne s’était prononcé sur le dossier. On le disait défoncé. Catapulté. Totalement «détruit»...
Il aurait demandé aux membres de son parti de ne pas s’exprimer mais face à la bourrasque, des tireurs embusqués incontrôlés n’en ont cure, y allant de leurs convictions. Mais face à la puissante clameur publique, ils rétro-pédalent. La mort est rarement collective, d’autres plus prudents se sont tapis dans un coin. Attendent l’oracle!
Lui a choisi de ne rien commenter, voulant épier ses adversaires, optant pour une stratégie de les laisser avancer afin de les identifier au plus près.
Voilà qu’en la salle Fatima, à Kinshasa, vendredi 1er novembre, profitant de la clôture d’un séminaire de mise à niveau de ses communicants - ceux de son parti UNC en coalition au Gouvernement avec l’UDPS - il surprend sa suite en prenant la parole à la clôture, improvisant un discours dans les cinq langues du pays qu’il parle - Swahili, Kikongo, Lingala, Tshiluba, Français - prononçant des mots clé électrisant son appareil politique présent au grand complet.
Boosté par la météo - les nuages sombres ont cédé la place aux éclaircies, le temps est redevenu calme, les stratus se disloquent bien que certains s’affichent résistants ou récalcitrants - VK menace.

DEMANDE AU PPRD DE SE TAIRE.
Comme décidé désormais de rendre coup pour coup - de répondre de façon appropriée à chacune des attaques et à chacun des coups reçus, de lâcher des mots, de confondre ceux qui ont décidé de détruire sa réputation et son image. La riposte VK. Elle s’organise et prend forme - rien qu’à voir son armée de communicants - Vital Kamerhe Lwa Kanyinginyi Nkingi veut lever un coin du voile, monter à l’assaut avec ses hommes en rangs serrés. S’il félicite son parti de s’être abstenu de se lancer dans l’invective, l’injure et «si ce n’est pas le moment de remuer le couteau dans la plaie», il ne demande pas moins «aux amis qui ont tenu leur forum quelque part (allusion assumée à la matinée du PPRD à Lubumbashi qui a vu son SG Emmanuel Ramazani Shadari «Coup sur Coup» administrer des leçons de transparence financière à la Présidence de la République, qui a «normalisé l’impunité»), qu’en matière de gestion, en matière de rigueur dans la gestion, ils n’ont pas de leçon à donner; ils doivent tout simplement se taire».
évoquant des millions de US$ partis en fumée dans des projets tel le Parc agro-industriel de Bukanga Lonzo - qui auraient pu «faire rayonner» les 26 provinces du pays, aidant les gouverneurs à ne pas siéger sous des palmiers, les juges à ne pas se déplacer à pied sur des kilomètres - ou celui des passerelles construites dans la Capitale, qui ne servent à rien mais dont des millions extorqués au Trésor public ont rempli les poches des individus, rien à voir avec le projet de saut-de-mouton qu’érige dans la Capitale l’équipe de la Présidence et qui est un échangeur et vous pouvez demander aux Congolais de juger «de quel côté se trouve la responsabilité». Quelles bombes!
«On soulève des questions pour autant qu’elles soient sérieuses. Au début, je me disais que les gens s’amusaient et quand le Président a demandé que le dossier soit transféré chez le procureur - d’abord à la brigade contre les crimes économiques et financiers - mon nom n’est apparu nulle part, et l’opération a été jugée régulière».
Il explique comment cet argent est géré aujourd’hui comme hier depuis 1992 et «même légèrement avant». Se rappelle les années où il fut conseiller économique et financier du Vice-premier ministre Nzanda Bwana Kalamba («qui est là et en vie») en charge de l’économie. Cet argent qui est reversé a une quotité qui va à l’Office des Routes, à l’Office des Voiries et Drainage, à d’autres services de l’État. On avait tout prévu dans cette parafiscalité pétrolière. Il y avait aussi la décote. Tout cela tombait dans le compte du comité de suivi des produits pétroliers, explicite -t-il manifestement heureux du semblant de dénouement que prend cette affaire Une information tue l’information. Face à la précipitation des événements, à l’absence de la mémoire publique, l’affaire 15 millions est en voie d’être rangée aux «affaires perdues».

FAIT PREVALOIR LA PAIX.
Le président de l’UNC s’étonne que ce dossier ait pris une telle ampleur sur la toile - «amplifiée malheureusement par ceux qui étaient sensés expliquer aux gens comment cela se passait». «Quand ce sont des gens qui ont travaillé sur le même dossier qui amplifient cela sur la toile, je me dis l’homme n’aime pas l’homme, certains Congolais n’aiment pas les Congolais».
«Au lieu de se focaliser sur le fait de voir un Président de la République sans attendre le délai de grâce lancer les grands travaux sans de gros moyens et poser des questions comment il y est arrivé, ils se complaisent dans l’invective».
Citant son expérience de Président de l’Assemblée nationale, il évoque «la transparence (qui fut sa) règle d’or».
Dans le dossier chinois, il cite son ex-compagnon aujourd’hui opposant Lamuka Pierre Lumbi Okongo - un lieutenant de Moïse Katumbi Chapwe; dit avoir dénoncé «des termes d’échange tout à fait discriminatoire pour le pays». En offrant 10 millions de tonnes de cuivre et 650.000 tonnes de cobalt à des Chinois, soit un total de US$ 90 milliards contre US$ 9 milliards promis et jamais reçus, des universités, des écoles, des hôpitaux à construire, invisibles - il fit des «recommandations strictes jetées à la poubelle». Il dénonce des travaux d’asphaltage des avenues - tel Prince de Liège à la Gombe - supposés tenir 15 ans qui redeviennent des trous béants six mois plus tard...
Mais fait prévaloir la paix - «nous ne sommes pas là pour juger ce que les autres ont fait» -, «la sérénité, la respectabilité, la cohésion, une direction commune». Quitte à l’Assemblée nationale et au Sénat de juger chacun dans son rôle».
Ce séducteur hors normes qui a toujours su mettre en scène ses sorties, soigner ses apparitions publiques, est arrivé tenant la main de sa très glamour Hamida Shatur Kamerhe, qui a galvanisé les 1.000 ou 2.000 participants de Fatima après l’avoir présentée, lui a donné la parole, elle comme lui, a su montrer des talents de prise de parole en public, parlant au moins en trois langues - le Kikongo qu’elle parle à la perfection (si son père est d’origine indienne, sa mère est de la tribu Mbala de Pay-Kongila dans le Masimanimba), Kiswahili, le Français.
Le DirCab annonce qu’il a entrepris d’enseigner le Tshiluba à sa belle. Bientôt pour Madame, plus de frontière linguistique avec le Kasaï. Avec le Président de la République... Très sacré VK.
T. MATOTU.


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