Les Rawji première plus grosse fortune du Congo
  • jeu, 14/11/2019 - 03:56

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1471|JEUDI 14 NOVEMBRE 2019.

Dans le Top 10 du classement du très sérieux magazine américain Forbes Afrique, édition 2019, des personnalités et des familles les plus fortunées de la zone subsaharienne francophone du Continent figurent dans le très prisé Top 5 des personnalités et des familles qui ont fait fortune au Congo. Mais pas un Congolais. Les cinq frères Rawji propriétaires de la première banque du pays Rawbank pointent à la première place des plus grosses fortunes du Congo avec US$830 millions mettant désormais le cap sur le US$ milliard, rétrogradant l’empire George Forrest évalué lui à US$ 800 millions.

Si la première place de ce Top 10 des plus grosses fortunes d’Afrique francophone revient toujours au Cameroun avec le Camerounais Baba Danpullo dont la fortune est évaluée à US$ 920 millions, richissime homme d’affaires qui approche le milliard de dollars et qui a fait fortune dans l’immobilier, l’agroalimentaire, l’hôtellerie, le transport et la télécommunication et que la seconde place des plus riches d’Afrique francophone est attribuée encore au Cameroun, au Camerounais Paul Fokam Kammogne avec une fortune estimée à US$ 900 millions, à la troisième place s’assoit le Groupe Rawji. En clair aux frères Rawji.
Au total cinq, Mushtaque Rawji, Mazhar Rawji, Aslam Rawji et Murtaza Rawji.
Nés des parents indiens qui ont franchi la frontière congolaise depuis près d’un siècle dans la partie orientale, au Maniema avant d’ouvrir des magasins de distribution de produits de consommation courante dans l’ex-Province Orientale où ils vendent boîtes d’allumettes, lait en poudre, boîtes de sardine et de Corned beef, savon de Marseille créant au passage leurs propres marques, la fortune de ces frères est désormais estimée par Forbes Afrique à US$ 830 millions déclassant du coup, selon Forbes Afrique 2019, le magnat du Katanga, George Forrest, avec son groupe George Forrest International qui les suit néanmoins immédiatement après à la quatrième place avec US$ 800 millions. Pas un Congolais dans le classement...
En décembre 2016-janvier 2017, le très sérieux magazine américain dont l’édition africaine s’est installée à Brazzaville, avait publié la deuxième édition de son classement des plus grosses fortunes individuelles ou familiales en Afrique francophone subsaharienne, une partie du continent restée souvent absente dans les classements mondiaux consacrés aux personnes les plus riches de la Planète.

LA BANQUE ,
SECTEUR CREATEUR DE RICHESSES.

L’homme le plus riche de cette zone subsaharienne francophone était le Camerounais Baba Danpullo alors à la tête d’une fortune estimée à US$ 940 millions mettant le cap sur du US$ milliard. En 2019, il aurait perdu environ US$ 20 millions. Cet ancien camionneur a engrangé sa fortune grâce à des investissements dans plusieurs secteurs dont l’immobilier, les télécoms et l’agro-industrie.
Le groupe Forrest (BTP, cimenteries, mines, banque, agroalimentaire, énergies renouvelables) créé par l’ancêtre de George Arthur Forrest, son père, il y a près d’un siècle dans l’ex-Katanga en 1922, en commençant dans les travaux publics et la fabrique de cigarettes, pointait à la seconde marche du podium du Subsaharien le plus riche avec une fortune avoisinant les US$ 800 millions.
Le Groupe Forrest a périclité en 2019 passant de la deuxième à la quatrième place maintenant néanmoins le niveau de sa fortune, US$ 800 millions.
Le Camerounais Paul Fokam Kammogne qui, fin décembre 2016-début 2017, était à la troisième place avec une fortune estimée à US$ 690 millions est monté en 2019 à la deuxième marche du podium ajoutant à sa fortune US$ 210 millions mettant du coup le cap sur du milliard.
Patron d’Afriland First Group, le Camerounais opère essentiellement dans la banque, la microfinance, l’assurance, la communication et l’immobilier.
Les frères Rawji venaient au quatrième rang. La fortune de cette famille indienne active dans la banque (Groupe Rawbank), la distribution de biens de consommation, la distribution automobile et la logistique, était évaluée, fin décembre 2016-début 2017, à US$ 630 millions.
En 2019, les frères Rawji dont certains ont la nationalité britannique mettent clairement le cap sur le milliard de dollars.
En 2019, deux personnalités de Madagascar arrivent à la cinquième et à la sixième places.
Yilas Akbaraly qui a créé le groupe Sipromad et pèse US$ 710 millions. Et à la sixième place vient Hassanein Hiridjee, à la tête du groupe Axian avec US$ 705 millions.
A la septième place de cette édition 2019, on trouve le Sénégalais Abdoulaye Diao avec US$ 540 millions, suivi du Gabonais Christian Kerangali avec US$ 520 millions et, à nouveau, un Sénégalais Yérim Sow à la neuvième place avec US$ 510 millions et, pour fermer la marche, un Brazza-Congolais Willy Etoka qui possède la moitié du milliard, US$ 500 millions.
Comme le Camerounais Paul Fokam Kammogne, président d’Afriland First Group et initiateur du plus important réseau de micro-finance présent au Congo avec son enseigne Afriland First Bank, les frères Rawji font parler d’eux par leur banque Rawbank, numéro un de la banque au Congo, signe que la banque est un secteur porteur de richesses.
La Rawbank appartient au Groupe Rawji et deux Rawji trônent à ses avants-postes. Moustafa Rawji, le fils de Mushtaque Rawji est depuis quelques années à la manœuvre pour exercer à terme des fonctions stratégiques à la banque et son oncle Mazhar Rawji, actuel président du conseil d’administration de la banque.
Mais la gestion quotidienne de cette banque née de la société familiale Beltexco établie en RDC depuis 1922 qui multiplie sa présence dans l’arrière-pays, est assurée par un ancien de la Banque Commerciale Congolaise, BCDC, le Belge Thierry Taeymans qui a su mettre à profit ses réseaux et sa parfaite connaissance de l’ancienne colonie belge pour porter la banque sur le toit de la place financière. Les frères Rawji viennent de se lancer dans le secteur de l’assurance désormais libéralisé au Congo avec une marque RawSur.
Rétrogradé à la quatrième place dans le classement Forbes Afrique 2019 des personnalités et des familles les plus fortunées d’Afrique francophone, George Forrest disposait, il y a peu, de la majorité de parts dans la plus vieille banque du pays BCDC, Banque Commerciale Congolaise qui compte plus de 100 ans d’existence mais vient de lier son destin au groupe bancaire kenyan Equity Bank sans que ni Equity, ni la Banque Commerciale du Congo, ni la Banque Centrale du Congo n’ait estimé devoir communiquer sur les détails d’une opération qui semble s’être conclue à l’amiable.
Né au Congo dans l’ex-Katanga, d’origine néo-zélandaise, Belge de nationalité, l’octogénaire George Arthur Forrest, figure emblématique du Groupe Forrest International, GFI, toujours président du conseil d’administration, paraît peu à peu s’éloigner du groupe de génie civil très engagé sous Mobutu dans le secteur minier (cuivre et cobalt) en laissant à son fils aîné Malta David Forrest la direction d’un empire qui emploie 8.000 personnes.
Il n’est pas impossible qu’à l’approche de sa retraite, le patriarche «katangais» qui vit déjà de plus en plus souvent à Wavre, dans la Belgique wallonne, ait résolu de passer l’Acte II en cédant une part de ses avoirs.

CONGOLAIS
ABSENTS DU CLASSEMENT FORBES.

Qu’inspire ce classement? Si les plus riches personnalités et familles d’Afrique francophone en passe de pointer parmi les milliardaires du monde se trouvent en Afrique centrale au Cameroun et ont des noms camerounais - Baba Danpullo et Paul Fokam Kammogne avec respectivement une fortune personnelle de US$ 920 millions et de US$ 900 millions - tout comme ailleurs dans cette zone du Continent noir - Yilas Akbaraly, US$ 710 millions, Malgache, cinquième; Hassanein Hiridjee, US$ 705 millions, Malgache, sixième place; Abdoulaye Diao, US$ 540 millions, Sénégalais, septième; Christian Kerangali, US$ 520 millions, Gabonais, huitième; Yérim Sow, US$ 510 millions, Sénégalais; neuvième; Willy Etoka, US$ 500 millions, Brazza-Congolais, dixième - les prochains milliardaires cités par le magazine américain et qui viennent immédiatement après les deux Camerounais du très couru Top 5 sont du Congo-Kinshasa mais portent des noms étrangers Rawji (indien) et Forrest (néo-zélandais) dont les ancêtres ont franchi la frontière congolaise depuis près d’un siècle dans sa partie orientale, le Maniema pour les Rawji, le Katanga pour les Forrest.
Un nom congolais qui aurait pu s’imposer dans la sphère de la finance africaine est celui de Dokolo.
Ce Zaïrois self made man né le 16 mars 1935 à Mbanza-Ngungu (ex-Thysville), au Kongo Central, mort le 12 avril 2001 à Paris, aurait eu aujourd’hui 84 ans d’âge. Augustin Dokolo Sanu fut, avant l’accession du pays à l’indépendance, le premier homme noir à posséder une société de taxis avec 15 véhicules, un dancing bar dans la ville haute avant de devenir au lendemain de l’indépendance propriétaire d’une chaîne de magasins de distribution de produits de consommation avec du partenariat à l’étranger.
La petite histoire raconte que quand ce Zaïrois débarquait à Bruxelles, une multitude de Belges était au bas de l’avion, se mettait derrière lui...
Dokolo fut le premier Zaïrois à s’engager dans le secteur bancaire en créant en 1969 la première banque en Afrique subsaharienne à capitaux nationaux. Avec un capital initial de zaïres 300.000, l’équivalent de US$ 600.000 porté à zaïres 10.474.875 en 1983, la BK compte, le 4 décembre 1970, à son ouverture au public, 50 agents portés à 1.500 en 1984 avant de réaliser une couverture géographique d’une vingtaine d’agences réparties à travers le pays que seule l’ex-BCZ (aujourd’hui BCDC) pouvait concurrencer.
L’octroi bienveillant des crédits par sa banque à une vingtaine de sociétés formant son empire et opérant dans divers secteurs (agriculture particulièrement la production et l’exportation de café, élevage dont une ferme de 50.000 têtes de bétail et une autre de 5.000 porcs, pêche, immobilier, distribution de biens de consommation, transport de marchandise, imprimerie, assurances, mines, distribution de véhicules) va conduire à la faillite de la BK mise le 20 mars 1986 sous gestion administrative de la Banque Centrale et, suite à quelques bisbilles avec son ami Mobutu, la Banque de Kinshasa est nationalisée, l’intégralité du patrimoine transféré à la NBK, Nouvelle Banque de Kinshasa. D’ordre de Mobutu, son empire passe sous contrôle de la centrale syndicale nationale UNTZa. Le self made man qui n’a jamais voulu être ministre voulant développer son empire, passe mal ce moment. Il tombe malade peu après et meurt le 12 avril 2001. Il est alors âgé de 66 ans.
Une banque née en 2004 au Katanga, TMB, Trust Merchant Bank, propriété d’un homme de quincaillerie Robert Levy, a acquis son siège.
D’autres personnalités du pays de négoce Kongo Central se sont lancées dans la banque. Pascal Kindwelo Lumbu et Jean-Pierre Kiwakana Kimayala, Présidents respectivement du Conseil d’administration de la BCDC et de l’ECOBANK. Si leur porte-monnaie fait pâlir, il faut attendre 2020 pour entendre le verdict du magazine américain.
T. MATOTU.


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