Face à Kabila, l'extérieur bouge
  • lun, 26/10/2026 - 19:22

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1680 | LUNDI 26 OCTOBRE 2026.

En Afrique, le président burundais Évariste Ndayishimiye s'est exprimé. Il est le président en exercice de l'UA, l'Union Africaine et le président d'un des neuf pays voisins du Congo. En Europe, en Belgique - la lucarne par laquelle le monde observe le Congo -, l'ancien premier ministre PS de 2011 à 2014, trois fois ministre-président de Wallonie de 1999 à 2000, de 2005 à 2007 et de 2019 à 2024, député européen depuis deux ans, Elio Di Rupo, est monté en première ligne suivi par d'autres, la Belge Flamande Hilde Vautmans (Open-VLD), le Français RN (extrême-droite) Thierry Mariani. À eux s'ajoute Maxime Prévot, le ministre belge des Affaires étrangères. Il y a aussi le président de la Commission de l'UA, ministre djiboutien des Affaires étrangères de 2005 à 2025, Mahmoud Ali Youssouf mais aussi le Secrétaire général des Nations unies, le Portugais Antonio Guterres. Etc.

Face à Joseph Kabila et son Front pour la Refondation de la Nation, FRN, la énième rébellion rwandaise que l'on veut congoliser, annoncée à Goma, le 12 octobre 2026, l'extérieur ne reste pas bouche close. Loin de là. Mais ça commence...

Face à l'ahurissant acte posé par un ancien président de la République, qui est resté dix-huit ans à la tête de l'État, cherchant sans doute à battre le record de Mobutu, face aux troupes rwandaises présentes au Congo, «nos résolutions ne peuvent pas rester lettre morte.

L’Europe ne peut pas se taire », ont déclaré les deux parlementaires européens, les Belges Elio Di Rupo et Hilde Vautmans estimant que la crédibilité du Parlement européen dépend également de la mise en œuvre de ses décisions.

« Nous appelons l’UE à sanctionner les responsables de la déstabilisation, dont Joseph Kabila et les responsables rwandais soutenant le M23 », ont poursuivi les deux députés européens.

«INACCEPTABLE, ILLÉGITIME».
« Les vies congolaises ont la même valeur que les vies ukrainiennes », ont-ils insisté, estimant que la mobilisation européenne en faveur de l’Ukraine ne saurait justifier un traitement différencié des crises dans le monde. «L’Europe doit sortir de son silence », ont-ils martelé, dénonçant une solidarité internationale qui semblerait dépendre davantage de la visibilité médiatique des conflits que de leur gravité humaine.

Si l’attention portée à la guerre en Ukraine est légitime, soulignent-ils, elle ne doit pas conduire à instaurer un «deux poids, deux mesures» dans la réponse européenne aux conflits. Une différence de traitement qui, disent-ils, fragilise la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale.

Les deux députés plaident pour une réponse européenne à la hauteur des souffrances des populations congolaises, combinant pression diplomatique, respect des accords de paix, défense de la souveraineté congolaise, sanctions ciblées et renforcement de l’aide humanitaire.

Devant la Commission des relations extérieures de la Chambre belge, Maxime Prevot, le ministre belge des Affaires étrangères, a, le 21 octobre, usé de mots sans équivoque : « Que Joseph Kabila, un ancien chef d'État, qui a lui-même été confronté au ravage des rébellions armées, fasse le choix de prendre la tête d'un mouvement politico-militaire qui entend parvenir au pouvoir par les armes plutôt que par les voies démocratiques, est à la fois déplorable, incompréhensible et inacceptable. (...)

Nul ne peut prétendre agir ainsi dans l'intérêt de son peuple en recourant à la violence comme instrument d'action politique et en s'attaquant aux institutions de son propre pays. Cette voie est profondément illégitime. Elle ne conduit ni à la stabilité, ni à la paix, ni à la démocratie », assène le Belge.

Face aux midterms (les élections de mi-mandat tellement cruciales aux États-Unis pour le président en fonction) qui ont lieu le 3 novembre, la Maison blanche privilégie pour le moment les affaires intérieures - l'économie, le social, l'accalmie - plutôt que les dossiers extérieurs.

Cela n'a pas empêché l’ambassadeur américain aux Nations unies, Jeffrey Bartos, d'appeler, le 13 octobre 2026, devant le Conseil de sécurité, dès le lendemain de l'annonce de la nouvelle rébellion à l'est du Congo, le gouvernement congolais et l’AFC/M23, à travers sa nouvelle structure FRN, à tirer parti des avancées enregistrées en Suisse pour finaliser les protocoles restants du processus de Doha.

Déjà, depuis juillet, le député européen, le Français Thierry Mariani avait demandé l'Union européenne « à enfin agir, comme le demande le Parlement depuis plusieurs années » : sanctionner le Rwanda et M. Kagame et faire pression pour mettre fin à cette guerre.

« Pourquoi tant de complaisance pour le Rwanda ? C’est le moment de montrer qu’on sait faire aussi une action politique, et pas uniquement une action humanitaire », avait-il déclaré à l’audition de la Commissaire européenne à la coopération internationale, à l’aide humanitaire et à la réaction aux crises, la Belge Hadja Lahbib.

Quant au président burundais, président en exercice de l'UA, Évariste Ndayishimiye, dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, il exprime son incompréhension face aux va-et-vient des «rebelles congolais» de service.
« Je leur ai dit : « Si vous êtes vraiment des Congolais, pourquoi vous ne venez pas à la table de négociations ?

Pourquoi vous détenez des armes pour tuer vos propres frères?» Ils m'ont dit : «Oui, nous allons venir». Cela n'a pas été suivi d'effet. (...)».

Évariste Ndayishimiye affirme que son plan aurait pu aboutir à une stabilisation du conflit si toutes les parties avaient respecté leurs engagements. Un plan qui se décline en trois étapes : la création d’une coalition régionale contre les groupes armés étrangers, le cantonnement du M23 dans une zone sécurisée que le gouvernement congolais avait accepté de céder - sous supervision régionale, et enfin, l’intégration du M23 dans le processus de Nairobi.

Mais face à la cruauté des combats, le Congo doit-il se contenter et attendre des prises de position de l'extérieur ?
Un adage latin simple qui traverse l'histoire, l'adage éternel : « Si vis pacem, para bellum » (« Si tu veux la paix, prépare la guerre»).

Il est grand temps que le Congo se regarde en face, se prenne en charge, s'organise, se réorganise, se réinvente, revoit ses troupes, ses rangs, ses services de renseignement tellement infiltrés, passe des accords solides.

Reste une question: et si Kabila, en prenant la direction de la rébellion AFC-M23 qu'il a mutée en FRN, avait cherché à être reconnu comme l'inévitable interlocuteur du gouvernement congolais ? En reprenant cette rébellion AFC-M23, le sanctionné des États-Unis, le blacklisté congolais, le condamné à mort, etc., ne s'impose-t-il pas désormais, mieux, ses mentors ne l'imposent-ils pas comme l'incontournable interlocuteur du pouvoir congolais ?

Au fait, peut-on envisager Doha ou Genève demain sans sinon l'ex-président, tout au moins, un team désigné par lui, et, du coup, qui ne dépendra que de lui, donc, de ses mentors rwandais qui auront réussi, à leurs yeux, à congoliser leur rébellion ?

Le Congo n'a-t-il pas été à nouveau piégé par les stratèges rwandais qui cherchaient tant à se tirer d'un mauvais pas face à un Congo uni, soudé, indévorable par une puissance étrangère ?

Du coup, Kabila n'a-t-il pas atteint l'un de ses objectifs ? Ne s'est-il pas fait absoudre ses péchés ?
T. MATOTU.


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