Les firmes chinoises opérant au Congo seraient très mal en point
  • lun, 17/08/2026 - 20:25

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1672 | LUNDI 17 AOÛT 2026.

Si le gouvernement congolais a annoncé le renforcement des capacités de détection de la radioactivité sur les cargaisons quittant les zones minières, a sollicité le concours de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) et une contre-expertise sur la présence d’uranium dans les exportations chinoises de cobalt, les experts de Lighthouse Reports et du journal britannique Financial Times, sont revenus à la charge contre les firmes chinoises opérant dans le copperbelt congolais.

Lighthouse Reports, ce média d'investigation créé en 2019 par Ludo Hekman et Klaas van Dijken qui collabore avec des médias internationaux pour mener des investigations collaboratives sur des sujets relatifs au climat, aux migrations, aux conflits et à la corruption et le Financial, auteurs des études qui ont démasqué la supercherie chinoise, mettent au défi China MoLybdenum Company limited (CMOC) qui exploite, au Lualaba, les mines de Kisanfu et de Tenke-Furungume Mining (TFM) qu’elle a rachetées, en mai 2016, au groupe américain Freeport-McMoran, pour 2,65 milliards $US.

EN FAUX.
L’un des enquêteurs de Lighthouse Reports, Tomas Statius, s’inscrit en faux au communiqué de CMOC en affirmant que les conclusions publiées ne reposent pas sur une simple extrapolation ou sur des informations isolées, mais sur plusieurs années de documents internes des entreprises minières et sur des travaux scientifiques consacrés à la présence d’uranium dans les minerais de cuivre et de cobalt du Copperbelt congolais.

Pour Lighthouse Reports, le débat ne porte pas uniquement sur la teneur en uranium relevée dans certains échantillons ou documents concernant TFM.
Il porte également sur l’existence d’un phénomène plus large de co-présence du cobalt et de l’uranium dans les minerais exploités dans cette région minière.

En réaction aux contestations de l’entreprise chinoise actuellement leader mondial du cobalt, l'enquêteur de Lighthouse Reports explique que l’enquête s’appuie notamment sur des documents internes provenant de la mine et de ses anciens propriétaires. « Ces documents racontent à la fois la contamination de ce cobalt par l’uranium mais aussi les tentatives qui sont faites par certains ingénieurs métallurgistes pour régler le problème », affirme l'enquêteur.

L’enquête de Lighthouse Reports et de Financial Times s’était notamment intéressée à TFM, l’un des principaux producteurs de cobalt au Congo, dans le Grand Katanga. D’après les documents examinés, les niveaux d’uranium dans l’hydroxyde de cobalt produit à Tenke avaient, à plusieurs reprises, dépassé le seuil de 75 parties par million fixé par la réglementation congolaise.

Des relevés couvrant juin 2016 à décembre 2020 indiquaient des dépassements durant plus de 70 % des jours pour lesquels des données étaient disponibles. China MoLybdenum Company Ltd avait contesté ces conclusions, affirmant notamment ne pas connaître les données historiques citées par l’enquête et soutenant que son hydroxyde de cobalt respectait les exigences réglementaires applicables en matière de teneur en uranium. Le groupe estimait également qu’un procédé spécifique de retrait de l’uranium n’était pas nécessaire compte tenu des niveaux concernés.

Lighthouse Reports se fonde également sur un travail scientifique mené notamment par les chercheurs Ryan Manzuk et Sébastien Philippe publié dans la revue Nature Communications. Ces chercheurs estiment qu’entre 2000 et 2024, entre 2.000 et 5.000 t d’uranium naturel auraient été exportées du Congo incorporées dans des cargaisons d’hydroxyde de cobalt. Ils estiment également que 1.000 à 4.000 t supplémentaires auraient été rejetées dans les résidus miniers. Il s’agit toutefois d’estimations issues d’un modèle combinant données géologiques, géochimiques, statistiques de production et données commerciales, et non d’un inventaire physique de chaque cargaison exportée.

«Ce qui me frappe moi dans cette histoire, c’est une évidence géologique», affirme Tomas Statius, estimant que les professionnels du secteur minier connaissent l’association fréquente entre ces trois éléments dans le Copperbelt congolais et zambien. (…) Il y a une association fréquente et classique dans la région du Copperbelt congolais, même zambien d’ailleurs, entre l’uranium, le cuivre et le cobalt.

C’est une réalité géologique», soutient-il. «Finalement, on s’est battu durant cette enquête contre des évidences», estime Tomas Statius, faisant référence aux allégations des Chinois de China MoLybdenum Company limited selon lesquelles la présence d’uranium serait limitée à certains endroits ou ne concernerait qu’un nombre restreint de gisements.

La société civile katangaise spécialisée dans les mines du Grand Katanga recommande aux Chinois de rendre public le rapport de l’étude de l’Impact Environnemental et Social (ÉIES) ainsi que celui de l’audit mené par Copper Mark qui a dressé sur TFM un chapelet de manquements graves susceptibles de nuire dangereusement à la santé des populations riveraines et aux écosystèmes de la région.

Les firmes chinoises seraient-elle ainsi très mal en point ? Il faut dire qu'on peut trouver du monde pour défendre les Chinois, qui ignore ce qu'ils sont en vrai.
POLD LEVI MAWEJA.


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