Trop de mariages précoces au Kasaï
  • lun, 07/09/2026 - 12:43

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1674 | LUNDI 7 SEPTEMBRE 2026.

Près de 48 % des filles du Kasaï‑Oriental sont mariées avant l’âge de 18 ans, a déclaré le ministre provincial de la Santé Daniel Kazadi. Un chiffre révélé lors du lancement du projet Bomoyi ya Maman na Muana qui illustre l’ampleur d’un phénomène qui compromet gravement l’avenir des adolescentes.

Le ministre rappelle que derrière chaque mariage précoce se profile souvent une grossesse précoce, avec des risques élevés de complications et de décès maternels. « Une fille sur deux risque de voir son enfance interrompue trop tôt, sa scolarité compromise et son avenir affecté», a déclaré Daniel Kazadi.

Les mariages précoces sont identifiés comme une question de santé publique, mais aussi d’éducation, de protection des droits et de développement.
Le ministre souligne que la lutte contre la mortalité maternelle passe nécessairement par une action contre les mariages et grossesses précoces.

PRATIQUES COUTUMIERES.
Certaines pratiques coutumières continuent de porter atteinte aux droits fondamentaux des femmes dans le Grand Kasaï, a dénoncé, sur Radio Okapi, Nathalie Kambala Lucey, responsable de l’ONG Femmes main dans la main pour le développement intégral, FMMDI qui dit être engagée depuis plusieurs années dans la lutte contre les normes socio-culturelles discriminatoires. Selon Nathalie Kambala Lucey, la défense des droits des femmes et la transformation des coutumes jugées avilissantes constituent la principale motivation ayant conduit à la création de son organisation dans l’espace Kasaï.

Parmi les pratiques dénoncées figurent les mutilations génitales féminines, le mariage précoce et certaines traditions liées au veuvage, encore répandues dans plusieurs communautés du Grand Kasaï. «Aujourd’hui, la zone du Grand Kasaï est une région où le taux de mariage d’enfants est très élevé.

Dans la culture locale, cela est souvent considéré comme normal parce que, depuis longtemps, nos parents se mariaient avant l’âge de 18 ans», a-t-elle expliqué, évoquant la pratique du sororat-lévirat, qui consiste à imposer à une veuve d’épouser un frère de son défunt mari. Pendant la période de deuil, la veuve est souvent soumise à des conditions difficiles, comme l’interdiction de se laver, de dormir ou même de boire de l’eau jusqu’à l’enterrement de son époux.

Ces pratiques contrastent fortement avec le traitement réservé aux hommes en situation similaire, selon l’activiste qui estime que ces traditions traduisent une profonde inégalité entre les sexes. La situation est encore plus préoccupante pour certaines femmes victimes de violences sexuelles lors des conflits qu’a connus la région.
Selon Nathalie Kambala Lucey, certaines d’entre elles ont été rejetées par leurs familles ou contraintes de payer des amendes traditionnelles pour pouvoir réintégrer leur foyer conjugal.

« Lorsqu’une femme est victime, elle devrait recevoir la protection de la communauté, une prise en charge médicale et psychologique ainsi qu’un accompagnement pour sa réinsertion socio-économique. Malheureusement, beaucoup ont été chassées et punies », regrette-t-elle.

Face à ces réalités, l’ONG a choisi de travailler directement avec les leaders communautaires, notamment les autorités traditionnelles et religieuses, afin de changer progressivement les mentalités. « Ce n’était pas facile d’accéder aux chefs coutumiers. Mais lorsque nous avons commencé à échanger avec eux, nous avons constaté qu’il y avait souvent des incompréhensions sur les conséquences de ces pratiques », explique-t-elle.

Par la sensibilisation et le plaidoyer, plusieurs engagements ont été signés dans certaines communautés pour interdire le mariage des enfants de moins de 18 ans. Ces démarches ont également contribué à l’adoption d’édits provinciaux visant à interdire certaines coutumes jugées dégradantes pour les femmes.

Aujourd’hui, l’ONG est active dans plusieurs provinces, notamment au Kasaï Central, au Kasaï, au Kasaï Oriental, à la Lomami et à Kinshasa. Malgré ces avancées, Nathalie Kambala reconnaît que l’élargissement de cette lutte à l’ensemble des 26 provinces de la République démocratique du Congo reste un défi majeur, en raison du manque de ressources.

« L’idéal serait d’étendre nos actions dans tout le pays, car ces pratiques existent partout. Mais les moyens restent limités. Nous appelons les partenaires techniques et financiers à soutenir les organisations locales qui travaillent déjà sur le terrain et obtiennent des résultats », plaide-t-elle.


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