- lun, 29/06/2026 - 10:59
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Le Soft International n°1667 | LUNDI 29 JUIN 2026.
Le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies (CDC) a annoncé vendredi 26 juin le relèvement de sa réponse à l'épidémie d'Ebola à son niveau d'alerte le plus haut : le niveau 1.
Pour l'agence américaine, cette décision a été prise à la suite de l'ampleur prise par l'épidémie qualifiée désormais de deuxième plus importante jamais enregistrée au Congo et de troisième plus importante recensée dans le monde.
Au Congo, le dernier rapport de situation de l'Institut national de santé publique fait état de 1.203 cas confirmés et 321 décès au 25 juin et cela, dans trois provinces désormais touchées.
Le CDC a également évoqué le cas d'un soignant humanitaire contaminé sur le terrain et aujourd'hui isolé en France, sans à ce jour transmission communautaire constatée.
Le CDC maintient que le risque pour les États-Unis reste faible.
Contrairement à ce que son nom pourrait suggérer, le passage au « niveau 1 » n'est pas une alerte sanitaire adressée à la population. C'est une procédure interne au CDC qui détermine le degré de mobilisation de l'agence elle-même.
Le Dr Satish Pillai qui dirige la riposte Ebola du CDC, la décrit ce niveau comme «un ordre de mobilisation maximale du personnel et des ressources», à l'échelle de l'ensemble de l'agence et non plus seulement de l'équipe, jusqu'ici dédiée à cette épidémie.
Sur le nombre de personnes que ce relèvement va mobiliser, le chiffre exact «variera en fonction de l'évolution de l'épidémie», mais l'agence aura désormais «accès au personnel de toute l'agence». Ce relèvement est aussi signe que la direction du CDC «prend la situation au sérieux».
PLUS GRANDES FLAMBÉES HISTORIQUES.
Pour justifier ce relèvement, Satish Pillai s'est appuyé sur une modélisation récemment publiée par le CDC. Selon cette modélisation, des interventions de santé publique rapides et soutenues sont nécessaires pour éviter que l'épidémie actuelle ne dépasse, en ampleur, deux précédents majeurs : les grandes flambées ouest-africaines de 2014 à 2016, et l'épidémie qui a touché le Nord-Kivu, entre 2018 et 2020.
Le CDC situe ainsi l'épidémie en cours au deuxième rang des plus importantes jamais enregistrées au Congo, et au troisième rang mondial.
L'agence précise que le nombre de cas devrait continuer à augmenter « pendant un certain temps ».
Le dernier rapport de situation du Centre d'opérations d'urgence de santé publique (COUSP-RDC) et de l'Institut National de Santé Publique (INSP) daté du 25 et publié le 26 juin, permet de mesurer plus précisément où en est l'épidémie sur le terrain.
Le taux de létalité global s'établit à 26,7 %. Trois provinces sont désormais touchées, l'Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, pour un total de 34 zones de santé affectées sur les 104 que compte ce territoire. L'Ituri concentre l'essentiel de l'épidémie, avec 91,1 % des cas et 81,9 % des décès. Trois zones de santé y rassemblent l'essentiel des malades, à savoir Bunia (323 cas), Rwampara (258 cas) et Mongbwalu (250 cas). Mais la sévérité y varie fortement.
La létalité atteint 19,8 % à Bunia et 16,7 % à Rwampara, contre 43,6 % à Mongbwalu, soit 109 décès pour 250 cas. Le rapport relie cet écart à des difficultés persistantes dans la prise en charge précoce et l'accès aux soins, et non à une différence de souche virale.
Avec 104 cas et 57 décès, le Nord-Kivu affiche la situation la plus préoccupante en termes de gravité: une létalité de 54,8 %, portée notamment par les zones de santé de Katwa (62,9 %), Beni (59,1 %) et Oicha (66,7 %). Le Sud-Kivu, à l'inverse, n'a enregistré aucun cas confirmé depuis le 26 mai, ce qui suggère, selon le rapport, une absence de transmission récente dans cette province.
L'épidémie, due au virus Ebola-Bundibugyo, a été déclarée officiellement le 15 mai par le ministre congolais de la Santé publique, Roger Kamba Mulamba. Son point de départ se situe dans la zone de santé de Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, à 70 kms de Bunia, une zone marquée par la présence de groupes armés, des mouvements fréquents de population vers l'Ouganda et de nombreux chantiers miniers artisanaux.
Les trois provinces touchées comptent une population totale estimée à près de 15 millions d'habitants.
Parmi les difficultés que le rapport identifie lui-même figurent une capacité d'accueil proche de la saturation dans les centres de traitement d'Ituri (89,8 % d'occupation), un suivi des contacts inférieur à l'objectif fixé (82,8 % contre une cible de 95 %), un retard d'analyse au laboratoire du Nord-Kivu, 78 cas de contamination chez le personnel soignant dont 18 décès et un déficit de financement chiffré à 20 millions de $US.
Le rapport signale aussi que 17 cas confirmés restent en attente de rattachement à une zone de santé précise.
Le geste du CDC américain ne crée pas une alerte inédite, mais s'ajoute plutôt à des dispositifs déjà actifs.
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait déclaré, à la mi-mai, une urgence de santé publique de portée internationale. Africa CDC avait, de son côté, activé sa propre urgence de sécurité sanitaire continentale. Le relèvement américain est une mesure de mobilisation interne à l'agence des États-Unis qui ne remplace ni ne modifie ces classifications antérieures.
Dr Satish Pillai est revenu sur le cas, largement médiatisé, d'un soignant humanitaire contaminé au Congo et aujourd'hui pris en charge en France. Selon les autorités françaises, citées par le CDC, cette personne a signalé ses symptômes dès son arrivée sur le territoire français et a été immédiatement placée en isolement.
Les enquêtes de santé publique et le traçage des contacts ont été lancés sans délai. Le CDC précise qu'aucune indication de transmission communautaire n'est, à ce stade, associée à ce cas et qu'aucune exposition de citoyens américains n'a été signalée.
L'agence maintient son évaluation, à savoir que le risque pour les États-Unis demeure faible. Le Dr Kevin Chatham-Stephens, directeur adjoint de la gestion des incidents pour la préparation aux situations d'urgence aux États-Unis, a rappelé que le CDC et les services de santé étatiques et locaux ont déjà géré des cas de fièvre hémorragique virale, dont un cas de fièvre de Lassa, en 2024, et se sont préparés à d'éventuels cas d'Ebola lors de l'épidémie survenue au Congo l'année précédente.
Le CDC a notamment mis à jour ses recommandations pour les voyageurs en provenance des zones touchées et mis en place une consultation clinique disponible 24 heures sur 24 pour les médecins confrontés à un cas suspect.
Sur le plan financier, interrogé sur les fonds supplémentaires demandés par la Maison Blanche, Dr Satish Pillai a renvoyé vers le Bureau de la gestion et du budget pour le détail, tout en confirmant que le CDC a obtenu plus de 100 millions de $US issus du fonds de préparation à la réponse rapide aux maladies infectieuses, destinés à couvrir l'ensemble des volets de la riposte : surveillance, tests de laboratoire, prévention des infections et opérations sanitaires aux frontières.
Sur le personnel déployé, il a donné, en réponse à des questions distinctes, plusieurs chiffres qui ne peuvent être additionnées mécaniquement. À l’une des questions, il a mentionné une centaine de personnes au total au niveau national et international, dont 24 en permanence au Congo et près de 100 en Ouganda.
Dix-neuf personnes ont été déployées à l'étranger et 25 épidémiologistes de terrain formés par le CDC sont actuellement actifs dans des régions du Congo où le personnel gouvernemental américain ne peut se rendre.
Il a aussi rappelé que le CDC a formé, au cours de 20 ans de présence continue dans le pays, près de 1.000 épidémiologistes de terrain congolais.
PATIENT LIGODI.





