- lun, 08/06/2026 - 15:06
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1665 | LUNDI 8 JUIN 2026.
Elle avait fait de la journée de mercredi 3 juin 2026 une «journée ville morte» dans le pays en y mettant des moyens. Si les observateurs ont compté à Kinshasa des habitants qui, pour éviter tout piège et des magasins qui avaient baissé les rideaux voulant être prudents en faisant une grasse matinée - qui pouvait prédire quoi ces jours-là ? -, la ville-capitale ne s'est nullement arrêtée de fonctionner ce 3 juin, ni le matin au lever du soleil et, encore moins, ni à midi. Un échec cuisant pour ceux que représentent les opposants de 2026.
Cela n'a pas empêché l'un d'eux de dire son «agréable surprise» vu l’ampleur de la mobilisation, que lui seul a remarquée, déclarant que « la ville morte » appelée par l’opposition s'était transformée en « pays mort », ce que conteste le pouvoir qui estime que les activités se sont poursuivies normalement dans plusieurs zones du pays.
Moïse Katumbi Mwankwe, ancien gouverneur multimillionnaire du Grand Katanga, Martin Fayulu Madidi, candidat malheureux lors de deux dernières présidentielles, porté par des opposants qui l'ont depuis isolé, Delly Sesanga Hipungu Dja Kaseng Kapitu, ministre du Plan en 2006 sous Joseph Kabila Kabange, Augustin Matata Ponyo Mapon, ministre des Finances et premier ministre de Joseph Kabila Kabange, député, poursuivi pour détournement des centaines de millions de $US du Trésor public, condamné par la justice, est parvenu à s'exfiltrer du pays pour s'établir en Belgique, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, qui fut l'un des bras droits de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo avant d'être arrêté par la justice et d'être écroué.
Tous ont créé une énième plate-forme politique : la Coalition Article 64, C64, qui s'assigne la tâche de défendre l’article 64 de la Constitution de la République qui stipule : «Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d'individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l'exerce en violation des dispositions de la présente Constitution.
Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l'État. Elle est punie conformément à la loi ».
UNE AUTRE PORTE POUR DEMEURER.
Le Diable étant dans les détails, les cinq opposants ont été salués (rejoints?) par les kabilistes du mouvement Sauvons le Congo via un communiqué diffusé sans signature, ni lieu de rédaction, ni de diffusion du texte. «Le Mouvement Sauvons la RDC se réjouit de voir les partis politiques de l’opposition ainsi que les organisations et forces sociales réunis au sein de cette plateforme rejoindre enfin la position qu’il défend depuis près d’une année, à savoir que, face à la gouvernance du régime en la Nation, l’ultime voie de salut pour la République».
Les opposants politiques congolais se sont-ils transformés en rebelles qui ne sauraient divulguer le lieu où ils se planquent ?
Après l'échec de leur appel aux Congolais d'observer «la journée ville morte» et ce message des Congolais, l'opposition a trouvé une autre porte pour tenter de demeurer dans les médias ?
Elle annonce le dépôt mardi 9 juin d'une action devant la justice contre le Chef de l'État et ses «complices» pour «tentative de renversement de l’ordre constitutionnel», y voyant, pour Sesanga, « une action citoyenne, républicaine et de l’État de droit » et pour Fayulu une action de protestation contre un « coup d’État contre la Constitution ».
Trois jours plus tard, le 12 juin, elle annonce un sit-in sur l’esplanade du Palais du peuple, siège des deux chambres parlementaires - l'Assemblée nationale et le Sénat - accusées de « manquer à leurs obligations républicaines » et de devenir les « complices » d’une entreprise qui viserait à modifier ou changer la Constitution pour accorder un troisième mandat au Président de la République.
L'opposition appelle les militants des partis politiques - «tous les Congolais qui aujourd’hui ne sont pas d’accord » - ceux qui ont observé la ville morte à se rendre au Palais du Peuple.
La C64 a donc changé de méthode. Elle passe d’une mobilisation passive à une présence physique devant une institution. Si elle réussit à faire venir des Congolais dans des parages du Palais du Peuple, l'opposition a-t-elle oublié la loi qui règne au Palais du Peuple, un lieu inviolable et comment pense-t-on que les services permettent à des manifestants d'y aller ?
D'une part. D'autre part, accuser le Président de la République de fomenter un «coup d’État contre la Constitution», de «haute trahison», de «forfaiture», de «tentative de confisquer le pouvoir», etc., quand la proposition de loi débattue à l'examen à l'Assemblée nationale vise à interroger «le peuple souverain», à lui redonner la parole dans le cadre d'un référendum, l'opposition pense-t-elle que les juristes n'existent que dans les rangs de l'opposition et que les hauts magistrats pourraient la suivre ?
Ce n'est pas la première fois que l'opposition se rend devant la Haute Cour. Le 20 janvier 2019, après avoir contesté la décision de la Cour Constitutionnelle, quelques minutes après l’arrêt de la Haute Cour confirmant, avant le lever du soleil, la décision de la CÉNI proclamant le candidat du CACH élu Président de la République, Fayulu convoquait à son hôtel de la Gombe une conférence de presse avec les propos ci-après : « Par cet arrêt, la Cour Constitutionnelle vient, une fois de plus, de confirmer qu’à l’instar de la CÉNI, elle est au service d’un individu et d’un régime dictatorial qui ne respecte ni les lois de la République ni les règles les plus élémentaires de la démocratie et de la morale (...).
Ce n’est ni plus ni moins qu'un coup d’État constitutionnel, car il porte à la magistrature suprême un non élu. (…) Je me considère désormais comme le seul président légitime de la République démocratique du Congo. (...) (À la communauté internationale, le perdant avait demandé de) « ne pas reconnaître un pouvoir qui n’a ni légitimité ni qualité légale pour représenter le peuple congolais».
Et « aux Congolais de ne pas reconnaître tout individu qui se prévaudrait illégitimement de cette qualité ni obéir aux ordres qui émaneraient de lui ». Puis, d'appeler les Congolais à organiser «des manifestations pacifiques sur toute l’étendue du territoire national» pour protester contre la décision de la Cour constitutionnelle.
Dans un contexte où ils sentent que le référendum pourrait obtenir un vote favorable massif, n'est-ce pas, en réalité, la cause du désarroi des opposants au point de tenter de tout essayer, en allant de divagation en divagation sans qu'ils ne soient sûrs de gagner?
Quand par ailleurs on voit comment un 5 juin 2025, Fayulu avait chaudement donné une accolade au Palais de la Nation au Président de la République, ce qui arrivait pour la troisième fois, après une précédente rencontre un dimanche 3 février 2019 dans une église et une autre le 13 novembre 2023 à la CÉNI, on se demande la logique qui guide certains opposants congolais.
D. DADEI.





